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Plusieurs
mois avant les dernières élections provinciales, nous avions
publié ici quelques articles qui comparaient les déclarations
de Jean Charest et de Mario Dumont, pour voir lequel des deux partis
d'opposition offrait l'analyse et les solutions sinon les plus libertariennes, du moins les plus libérales
classiques (voir QUE LE VÉRITABLE LIBÉRAL SE LÈVE (III),
le QL, no 110).
Il était clair alors que le discours du chef de l'Action
démocratique se rapprochait le plus des positions défendues
dans les pages du QL. Critique d'un État trop
interventionniste, privatisation, recours accru au secteur privé,
élimination de la bureaucratie et de la réglementation
excessive, etc. Un bien beau discours.
Certains
de mes amis qui se disaient libertariens
étaient d’ailleurs impliqués dans ce parti, parti qui est
rapidement devenu au cours de la dernière année la bête
noire de tout ce qui grouille et grenouille à gauche au Québec.
Quoi de plus amusant que de voir paniquer les gauchistes! Pendant les quelques
mois où les sondages le donnaient en avance, certains allaient
jusqu'à prédire une « révolution de droite
» dans la Belle Province.
Après tant d'expectative, suis-je déprimé de voir que
l'ADQ n'a fait élire que quatre députés, malgré
les 18% du vote qu'elle a obtenus? Certainement pas. Plutôt le
contraire. J'aurais envie de dire: Bon débarras!
Comme je l'écrivais il y a un an (voir PEUT-ON FAIRE CONFIANCE
À L'ADQ?, le QL, no 105), on s'illusionne
en pensant que c'est un parti politique qui réussira à faire
avancer les idées libertariennes au
Québec. Les partis sont l'endroit où les principes se diluent
et s'effritent, et non celui où ils s'affirment et se
concrétisent. Si l'on devait représenter de façon
schématique l'histoire des positions philosophiques de l'ADQ, on
verrait une courbe en zigzag faisant parfois quelques spirales dans les
moments d'intense confusion, pour aboutir dans une immense zone noire
représentant le vide actuel, ou si l'on veut l'état post-électoral dépressif du pauvre p'tit
Mario.
Dans les mois qui ont précédé les élections,
l'ADQ a changé quatre fois de porte-parole sur la santé, et au
moins autant de fois de position sur les réformes à adopter.
Son chef a cessé de proclamer comme il le faisait à
l'élections précédente qu'il couperait le quart de la
fonction publique, une idée pourtant tellement audacieuse et populaire
que bien des gens s'en souvenaient et en parlaient encore cinq ans plus tard.
Il a décidé d'abandonner sa proposition d'impôt à
taux uniforme, sous le prétexte stupide que cela coûterait
quelques milliards en revenus à l'État (Évidemment, la
solution idéale, la seule qui soit juste et économiquement
efficace, c'est l'abolition de l'impôt sur le revenu. On reviendrait
alors simplement à la situation de 1954 – il n'y a pas si
longtemps! – quand les Québécois n'en payaient pas
à l'échelle provinciale.). Et en même temps qu'il
expliquait pourquoi la décentralisation vers les régions
était une bonne chose, Dumont continuait de réaffirmer son
appui à cet exercice d'inspiration purement autoritaire,
centralisatrice et étatiste qu'ont été les fusions
municipales forcées, et cela aux côté de son candidat
vedette et ex-maire pro-fusion de Montréal,
Pierre Bourque.
En bout de ligne, presque plus rien ne distinguait l'ADQ du Parti
libéral. En fait, oui, une chose cruciale: les libéraux
proposait des réductions d'impôt plus importantes que les adéquistes, ces derniers préférant
rembourser la dette. On l'a pourtant vu récemment à Ottawa:
quand les politiciens se retrouvent enfin avec une « marge
de manoeuvre financière »
après avoir remboursé des dettes pendant quelques
années, leur premier réflexe n'est pas de remettre l'argent aux
contribuables, mais bien d'inventer de nouveaux programmes pour le
dépenser. Une position à la fois réaliste et audacieuse
aurait été de promettre de réduire immédiatement
les impôts de 25% (si les libéraux peuvent promettre de le faire
en cinq ans, pourquoi pas en un?), et de privatiser et éliminer tous
les programmes nécessaires pour ajuster le budget de l'État.
Une telle proposition aurait eu pour effet de capter l'imagination d'une
bonne partie des électeurs. Au lieu de cela, Mario Dumont nous
promettait d'être un bon gestionnaire étatiste et de maintenir
un État aussi gros et aussi voleur qu'il l'est actuellement.
La
pire attitude à adopter face à ces créatures que sont
les politiciens, c'est de se faire des illusions, de penser qu'ils sont
là pour nous servir, pour assurer notre bien-être. Les
politiciens, comme tout le monde, visent d'abord à assurer leur propre
bien-être, et en particulier à défendre leur pouvoir et
à avancer les intérêts de leur clique politique. Ils vont
promettre n'importe quoi à n'importe qui pour se faire élire,
et piger dans les poches de tout le monde pour donner ce qui est
nécessaires pour se faire réélire. Même les mieux
intentionnés doivent éventuellement se conformer à cette
logique démocratique s'ils veulent survivre en politique (voir CORRUPTION
POLITIQUE: LE PROBLÈME, C'EST LA DÉMOCRATIE, le QL, no 101).
Un gouvernement adéquiste n'aurait
probablement enclenché aucune réforme radicale ni réduit
la taille de l'État de façon notable. Mais les parlotteux gauchistes auraient tout de même
trouvé le moyen de mettre sur le dos du nouveau gouvernement tous les
problèmes causés par l'étatisme au Québec. Son
amateurisme et l'inexpérience de ses membres auraient entravé
sa capacité de gouverner. Mais c'est bien sûr le «
néolibéralisme » qui aurait alors
été désigné comme la source de cette
débâcle, plutôt que l'incapacité de ce gouvernement
à vraiment s'attaquer à l'étatisme. Les espoirs immenses
qui auraient été investis dans cette jeune équipe
auraient été immanquablement déçus.
Mieux valait se débarrasser tout de suite de ces girouettes confuses.
C'est bien dommage pour ceux qui voulaient vraiment changer les choses et qui
ont cru pouvoir le faire avec ce véhicule. Mais j'ai bien peu de
sympathie pour des gens assez naïfs pour s'embarquer dans une telle
galère, et qui se refusent à comprendre que la politique est un
jeu irrationnel, implacable, en plus d'être par définition un
jeu d'étatistes.
Et
nos nouveaux maîtres?
Et
maintenant, que penser de nos nouveaux maîtres? Justement parce qu'on
n'attend strictement rien d'eux, il y a quelques chances que nous soyons agréablement
surpris. Jean Charest a exclu de son cabinet les pires dinosaures socialistes
qui peuplent le caucus libéral, soit les Fatima Houda-Pépin,
Christos Sirros et cie. Il a placé à des postes clé des
personnalités qui ont une compréhension au moins minimale de
l'économie de marché et qui ont exprimé la conviction
que le fardeau fiscal et réglementaire de l'État soit
réduit, soit les Jérôme-Forget, Séguin, Audet, Mulcair.
Nous verrons lors du budget de juin et dans les mois suivants si ce
gouvernement a vraiment la volonté de diminuer l'emprise de
l'État sur nos vies, même dans une modeste mesure. Je ne
gagerais rien là-dessus pour le moment. Si oui, tant mieux, ce sera
ça de gagné, et nous applaudirons à ces réformes.
Mais dans un an, peut-être ferons-nous le même bilan que nos amis
français, qui constatent aujourd'hui que le gouvernement
prétendument de droite qui a succédé aux socialistes n'a
fait que poursuivre en gros les mêmes politiques (voir dans ce
numéro UN BILAN
ÉCONOMIQUE, UN AN APRÈS LA RÉÉLECTION DE CHIRAC).
Ce ne sera pas la première fois. Le deuxième gouvernement
libéral de Robert Bourassa (1985-1993) n'a finalement
été que la continuation du gouvernement péquiste de
René Lévesque, même s'il avait été
élu avec une cohorte de réformateurs qui voulaient, disait-on,
transformer l'État-providence en « État-Provigo » (voir CHAREST BRISERA-T-IL LE
« CONSENSUS »?, le QL, no 23).
D'une façon ou d'une autre, on ne devrait pas se fier à
l'état d'esprit et à l'humeur de ces politiciens pour savoir si
nous vivrons mieux ou non. Les Québécois ne deviendront pas
plus libres parce que le ministre des Finances a compris qu'une imposition
trop lourde ralentit la croissance économique, ou parce que le p'tit
Mario a soudainement eu une illumination libertarienne
et décidé de redonner une direction philosophique plus claire
à son parti. Ils le deviendront quand ils seront de plus en plus
nombreux à exprimer leur exaspération et leur rejet de la
situation actuelle; lorsqu'ils comprendront pourquoi nous en sommes venus
là, envisageront l'alternative qu'est le libre marché et la
coopération volontaire, et cesseront d'attendre la venue d'un sauveur
politicien; lorsqu'ils feront enfin quelque chose de concret dans leur vie
quotidienne pour saboter le pouvoir de l'État et s'affranchir de cette
classe de parasites qui nous gouverne, de quelque allégeance partisane
qu'elle soit.
Martin Masse
Le Quebecois Libre
Martin Masse est
né à Joliette en 1965. Il est diplômé de
l'Université McGill en science politique et en études
est-asiatiques. Il a lancé le cybermagazine libertarien
Le Québécois Libre
en février 1998. Il a été directeur des publications
à l’Institut économique de Montréal de 2000
à 2007. Il a traduit en 2003 le best-seller international de Johan Norberg, Plaidoyer
pour la mondialisation capitaliste, publié au Québec par
l'Institut économique de Montréal avec les Éditions
St-Martin et chez Plon en France.
Les vues présentées par l’auteur sont les siennes
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