|
|
Ce texte est un « article
presslib’ » (*)
Cela
n’a plus beaucoup de sens de s’appesantir sur les nouvelles
tentatives de renflouer les institutions financières, ni de commenter
à nouveau les indices économiques qui continuent de
dégringoler dans le monde entier. Pas plus que d’ironiser sur
les grands de ce monde, leurs sommets, leurs grandes déclarations et
leurs tergiversations. « L’espoir fait vivre » semble
être leur unique devise et ligne de conduite. Tant que nous restons aux
commandes, se disent-ils, l’essentiel est sauvegardé.
Mais
AIG et HSBC viennent encore de défrayer notre chronique et il faut
tout de même en parler. L’un en raison du nouvel épisode
d’un sauvetage qui n’en finit pas (30 milliards de dollars),
l’autre à cause de son augmentation de capital à prix
tellement soldé qu’elle est garantie par les banques qui
conduisent l’opération, JP Morgan et Goldman Sachs au premier
rang d’entre elles (14,1 milliards d’euros). Ce qui signifie que,
si elle n’était pas entièrement souscrite, les banques y
pourvoiraient.
Pour
mémoire, HSBC était considéré comme un des
fleurons du monde banquier et manifestait il y a peu encore une santé
de fer. Ce que HSBC n’a pas perdu sur le marché des subprimes,
elle l’a ensuite fait en raison de son exposition en Asie,
désormais durement touchée par la crise économique.
C’est la leçon qu’il faut tirer de cette affaire. Nous
sommes désormais en plein l’acte II, la crise économique
alimente la crise financière. Quant à la leçon de
l’assureur AIG, elle est tapie tout au fond du trou de ses pertes
abyssales, toujours pas bouché bien que 100 milliards aient
déjà été déclarés en 2008.
Le
PDG de HSBC a assorti son annonce de considérations éthiques,
déjà relevée par Champignac dans un commentaire à
mon billet précédent. « Le secteur bancaire a commis
plusieurs erreurs » a-t-il donc déploré, ajoutant
qu’aux côtés de banquiers corrects, « un trop grand
nombre d’acteurs du secteur ont profondément nui à sa
réputation». Stephen Green a une seconde casquette, dignitaire
de l’Eglise anglicane et auteur d’un ouvrage intitulé
« Servir Dieu ? Servir Mammon ? », appelé à devenir
un best-seller chez les banquiers en mal de citations édifiantes pour
étoffer leur communication. Mammon est, d’après une
rapide enquête sur Internet, l’ange de la richesse et le
démon de l’avarice dans le Talmud et le Nouveau Testament.
Dans
un autre genre, le tout nouveau PDG d’UBS, a peine intronisé, a
également brillé par ses déclarations. Interrogé
sur le temps qui sera nécessaire à UBS pour retrouver la
rentabilité, Oswald Grübel a répondu : « s’il
n’y avait que des facteurs que je puisse moi-même identifier, je
dirais deux à trois ans. Mais il y a le marché, que je ne peux
prédire. A part cela, il y a pour moi naturellement une limite
d’environ cinq ans. Après, personne ne voudra d’un patron
opérationnel âgé de 70 ans et plus ». Un banquier
Suisse pessimiste et humoriste, on aura tout vu décidemment.
Le
sujet du jour devait être de tenter d’y voir un peu plus clair
dans les mesures de régulation que l’on nous prépare qui,
c’est juré, empêcheront l’irréparable de se
reproduire. La discussion à ce sujet ne semble pas avancer à
pas de géant, les esprits étant occupés à
colmater en priorité les brèches. Voici ce que j’ai pu
trouver, ne prétendant pas à l’exhaustivité.
J’ai
déjà eu l’occasion de me faire l’écho de la
victoire obtenue de haute lutte par les européens, qui ne voulaient
pas d’une chambre de compensation mondiale et américaine, et qui
ont obtenu qu’une chambre européenne puisse également
être crée, sur laquelle ils auront leur mot à dire.
Encore qu’il ne soit pas décidé où elle sera
implantée, à Londres ou ailleurs en Europe, ce qui laisse du
champ et des occasions d’infléchir dans un sens ou un autre les
modalités de son fonctionnement. Une affaire à suivre,
difficilement, non pas tant en raison de l’aridité technique du
sujet, que de la discrétion toute
bancaire dans laquelle le sujet est traité.
Parlant
de chambres de compensation, je dois relever l’information parue il y a
quelques jours sur le site français Rue89, selon laquelle les deux
grandes chambres de compensation bancaires internationales, Cleamstream et
Euroclear, respectivement installées à Luxembourg et à
Francfort pour l’une, Bruxelles pour l’autre, se renvoient la
balle à propos d’un mystérieux compte numéro
62.619 sous l’intitulé « Bank Madoff », la
première déclarant qu’il est dans les livres de la
seconde, ce que cette dernière nie. « A ce jour, Clearstream et
Euroclear affirment toutes deux ne pas avoir été
contactées par les enquêteurs américains. Ni par aucun
autre enquêteur », conclut le 27 février le journaliste de
Rue89. « L’analyse de toutes ces archives permettrait de
reconstituer les itinéraires financiers des fonds gérés
par les sociétés de Bernard Madoff et de mettre à jour
d’éventuels détournements , souligne le magistrat
français Jean de Maillard, spécialiste de la criminalité
financière (…), qui s’étonne par ailleurs que le
contrôle public supranational de ces “autoroutes de la
finance” ne figure pas à l’agenda du G20, censé
pourtant réformer le système financier international en
profondeur ». Les faits parlent d’eux-mêmes à ce
propos.
Un
autre dossier fait la une de l’actualité. Il s’agit de la
Suisse qui risque d’être inscrite sur la liste d’infamie
des paradis fiscaux et qui cherche à l’éviter à
tout prix. Nicolas Sarkozy, le président français, a
trouvé là matière pour continuer de jouer les premiers
rôles, grâce à une de ces opérations de diversion
dont il est coutumier. Plus habile et discret que les suisses, les
autorités du Lichenstein ont déjà semble-t-il fait
d’importantes concessions aux américains, non rendues publiques,
afin de faire la part du feu. Le sujet est d’importance, non pas en
raison des mesures radicales qui pourraient être prises à
Londres, mais parce qu’il pourrait donner, faute d’avoir de
grandes décisions à annoncer dans le domaine de la
régulation, une opportunité afin de donner l’impression
d’avoir accompli un grand pas en avant lors du prochain G 20.
La
Suisse de la politique et des affaires se vit donc comme une victime
expiatoire toute trouvée et s’affole. D’autant que la
fameuse liste noire avait été vidée de sa substance au
fil des années et ne comptait compte plus qu’Andorre, Monaco et
le Liechtenstein, et qu’il a fallu que le fisc américain prenne
dans sa ligne de mire UBS et ses 52.000 clients américains y disposant
de comptes numérotés, pour que son actualisation puisse la
menacer. L’Association des banquiers suisses a aussitôt
trouvé les mots justes pour critiquer lundi dernier «
l’hypocrisie plutôt écoeurante de cette attaque
coordonnée contre la Suisse ». « La Suisse doit
éviter par tous les moyens de figurer sur la liste », a averti
lundi dernier le journal francophone Le Temps. Les autorités avaient
mis en place, la semaine dernière, une
délégation stratégique sur la question ainsi que sur le
secret bancaire. Si c’est stratégique, c’est que
c’est essentiel.
Prendre
les devants semble être la meilleure attitude à adopter par les
temps qui courent. C’est en tout cas ce qu’a bien compris
l’Alternative Investment Management Association (AIMA), qui
représente ce que l’on appelle aux USA « l’industrie
des hedge funds ». Elle a annoncé qu’elle soutenait le
principe de transparence totale et de déclaration par les gérants
des hedge funds à leur régulateur national de leurs positions
d’un point de vue systémique ainsi que de leur exposition au
risque. Soutenant l’agrégation des positions à
découvert par ce même régulateur, elle a souhaité
que soit crée un système mondial d’autorisation et de
surveillance des gérants ainsi que, plus généralement,
l’adoption de normes globales pour « l’industrie ».
De fortes loupes vont devoir être nécessaires pour examiner ces
mesures lorsqu’elles seront annoncées, afin de comprendre comment
elles pourront être contournées, car c’est ce qui les
attend.
Dans un autre domaine encore, celui des réserves dont les banques
doivent disposer, et dont on sait qu’il figure au menu des discussions
en cours, le président de la Fed de Boston a apporté sa
contribution devant des banquiers américains réunis lundi
dernier à Washington. Eric Rosengren, a plaidé pour des
nouvelles règles comptables rendant obligatoire pour les banques de
conserver des réserves anticipant mieux
l’éventualité de pertes futures, au lieu de
s’appuyer sur le constat des pertes passées. Les normes
américaines en cours, intitulées GAAP, ont eu en effet le grand
défaut, douloureusement constaté actuellement, de permettre des
niveaux très insuffisants de réserves pour les banques. Le banquier
central a préconisé « une reconnaissance plus
précoce des pertes, un règlement plus rapide des
problèmes, et une restriction des prêts à haut risque
plus tôt dans le cycle de la crise financière. » Un train
de recommandations qui laisse pour le moins sur sa faim, tant que les
modalités réglementaires correspondantes ne sont pas
décrites.
Les
haut fonctionnaires de la Fed n’ont pas l’exclusivité de
ces remarques de forte portée. Pamela Cox, la vice-présidente
de la Banque Mondiale, a donné à celle-ci une mission qui va
sans nul doute se révéler capitale pour la suite des
événements. Cette fois-ci, il ne s’agit pas encore de la
régulation financière future, mais de la crise actuelle. A
l’occasion d’un sommet extraordinaire des ministres des Finances
ibéro-américains à Porto, Portugal, elle a
déclaré que la Banque Mondiale doit « favoriser les
discussions entre les pays sur les politiques qui produisent ou pas des
résultats ». Nous avançons à pas de géant.
Voilà
où nous en sommes, tout du moins publiquement.
Par : FRANCOIS
LECLERC
Paul
Jorion
pauljorion.com
(*) Un « article presslib’ »
est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le
présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’
» qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs
et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il
le fait aujourd’hui tant que
vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.
Paul
Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix
dernières années dans le milieu bancaire américain en
tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié
récemment L’implosion. La finance contre l’économie
(Fayard : 2008 )et Vers la crise du capitalisme américain ?
(La Découverte : 2007).
Les vues
présentées par Paul
Jorion sont les siennes et peuvent évoluer sans qu’il soit
nécessaire de faire une mise à jour. Les articles
présentés ne constituent en rien une invitation à réaliser
un quelconque investissement. .
Tous droits réservés.
|
|