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Ce texte est un « article presslib’ » (*)
Un G7 Finance s’est
réuni cette fin de semaine dans le grand Nord canadien, à
Iqaluit, et il a fallu que ce soit encore un spectacle. Son côté
informel abondamment mis en scène pour mieux lui donner de
l’importance et l’opposer aux G20, qui bénéficient
désormais seuls de l’apparat des grands messes, mais qui se sont
trop vite succédés et dont la formule est déjà
usée. L’absence de communiqué final masquant celle
d’un consensus, à propos d’un ordre du jour si
chargé que l’on se dit qu’il a été à
peine feuilleté. Chacun étant venu avec sa vision politique
nationale de ce qu’il convient de faire, afin de solutionner des
problèmes qui sont eux financiers et internationaux. Reconnaissant que
les approches se doivent d’être communes pour être
efficaces, et en conséquence s’efforçant de mettre en
avant que les choses progressent en ce sens, sans avoir cependant rien de
tangible à annoncer pour que cela soit
crédible. La route est encore longue à parcourir, même en
traîneau à neige et sous la fourrure…
Dans la logique de cette
situation, les réunions plénières ont été
réduites au profit de rencontres bilatérales, chacun essayant
de convaincre l’autre du bien fondé de son approche. Nous en sommes
donc restés aux préliminaires. Ce G7 Finance, en prélude
au prochain G20 de Toronto, aura au moins démontré une
chose : les problèmes sont identifiés, les solutions ne le
sont pas.
A propos de la dette publique,
présentée par le FMI en entrée de la réunion
comme le plus important problème de l’année (optimiste
!), le G7 a botté en touche, personne n’ayant de solution
opérationnelle et avouable. Affirmant par la voix de Jim Flaherty, le
ministre des finances canadiens qui présidait
la réunion, que les Européens devaient régler entre eux
le problème de la Grèce. Ce qui revient à pointer du
doigt les 300 milliards de dollars de dette des Grecs, ainsi que les 8.000
milliards celles des Européens, pour ignorer les 22 mille milliards de
celle des Etats-Unis et du Japon (le Canada étant il est vrai le mieux
loti). Jean-Claude Trichet, président de la BCE, et les
représentants des pays Européens membres du G7 (Allemagne,
Royaume-Uni, France et Italie), continuant d’offrir pour tout viatique
à leurs collègues grecs l’expression de leur confiance
dans le fait qu’ils arriveront tous seuls à venir bout de la
crise en cours. Dans quel état ? cela n’a pas été
précisé.
Pendant ce
temps-là, la campagne menée à propos de la faiblesse de
la zone euro continue de battre son plein. Publiquement alimentée par
les euro-sceptiques de toujours, des anglo-saxons
pour ne pas les nommer, aiguillonnée en sous-main par la
spéculation financière des mégabanques
et de leurs faux-nez les hedge funds.
Donnant l’occasion aux commentateurs éclairés
d’approfondir le mystère et d’effectuer un magistral
contre-sens, en expliquant les causes par leurs effets. En s’appuyant
sur la hausse des CDS, ces contrats assurances, pour expliquer
l’évolution du marché obligataire et ses tensions, alors
que celle-ci résulte très clairement de jeux spéculatifs.
Car on s’assure contre la baisse des obligations (leur taux montant),
en sachant que cela va être le cas, la hausse du coût des
contrats d’assurance le précipitant alors que l’on en est
à l’origine. Après cela, on parle de panique des
marchés et l’on oublie les petits calculs de gros sous de ses
principaux acteurs.
Le défaut de la
Grèce, pas plus que celui du Portugal ou de l’Espagne,
n’est pas en effet l’hypothèse la plus probable. Par
contre, la montée de la spéculation, à laquelle il est
laissé libre cours par les gouvernements européens et la BCE,
est du pain béni pour ceux qui, ne pouvant plus jouer sur le
marché des devises en raison de l’existence de l’euro, ont
trouvé un terrain de chasse de remplacement avec les CDS et leurs
sous-jacents : les dettes souveraines. Pour en savoir plus, on attend
désormais la grande messe des chefs d’Etat de jeudi prochain,
à Bruxelles, convoquée par le nouveau président de
l’Union européenne dont c’est l’intronisation,
Herman Van Rompuy. Le G7 Finance canadien semble
avoir montré qu’il n’était pas favorable à
une intervention du FMI, pour aider les Grecs.
Ce qui est le plus ressorti,
à l’occasion de la conférence de presse finale du G7
où seul Jim Flaherty s’est exprimé, c’est que les
efforts publics de relance de l’économie allaient continuer.
Mais rien n’a été dit sur le comment, laissé
à l’appréciation de chacun. Pas plus qu’il
n’a été fait état des discussions qu’ont eu
ensemble les représentants de la Fed, de la BCE et de la BoE (avec sans doute ceux de la Bank of Japan) sur le corollaire : le retrait progressif des
mesures de soutien aux banques. Dès que les banques centrales
discutent des questions importantes, le blackout s’impose.
Les différents ministres
ont été plus prolixes avec la centaine de journalistes qui
s’étaient déplacés (aucun blogger
n’a été recensé parmi eux), à propos des
mesures qui ont jailli de tous côtés à propos des
banques : taxes en tout genre, restrictions d’activités,
rédaction de testament (living will), etc… La cacophonie à ce sujet ne semblant
pas encore prête de se calmer, chacun privilégiant son approche
et ne voulant pas en démordre. Les Allemands invitant les participants
du G7 à une conférence à Berlin à ce propos,
cherchant à créer les conditions pour que soit ultérieurement
adoptée sous leurs auspices une motion de synthèse. Tout au
plus a-t-on noté, à Iqaluit cette fin de semaine, une tendance
à lier deux problématiques qui étaient encore
distinctes : celle d’une éventuelle taxation des banques et
celle du renforcement de leurs fonds propres.
Ceci va dans le sens des mégabanques, qui font valoir qu’elles vont
devoir régler l’addition de ces deux mesures et souhaitent que
les curseurs soient réglés en conséquence, afin de la
diminuer : si l’on force la dose d’un côté,
qu’elle soit diminuée de l’autre. La
préférence allant à l’affichage politique
d’une taxe (sur laquelle l’on pourra toujours revenir plus tard),
en contrepartie de laquelle l’effort demandé par le
Comité de Bâle à propos du renforcement de leurs fonds propres
serait réduit. Avec sur ce dernier chapitre et à la clé
l’acceptation d’une solution qui continue de tenir la corde, la
possibilité d’émettre des obligations contingentes
convertibles, ce qui diminuerait d’autant la nécessité
d’augmenter leurs fonds propres.
Le même argument est
ressorti pour le justifier ce package-deal:
» si vous nous demandez trop d’efforts, cela se fera
au détriment de notre participation à la relance de
l’économie ! » argumentent les financiers. Cette
menace s’appuyant sur une situation que l’on a
jusqu’à maintenant peu évoqué, mais qui va
progressivement l’être de plus en plus. Il s’agit de celle
du marché de la titrisation, qui est complètement à
plat, uniquement soutenu aux Etats-Unis par les pouvoirs publics – soit
par la Fed, soit par Fannie et Freddie, dont l’avenir est incertain et
sombre. Ces derniers jouant le rôle d’une bad
bank inavouée, où le ménage
devra bien être fait un jour ou l’autre par les pouvoirs publics.
A noter que les dettes de ces deux organismes ne sont pas
comptabilisés dans la dette publique américaine, ce qui est
confortable pour le moment mais ne peut être définitif.
La question qui se pose quant
à la titrisation est en effet cruciale : va-t-il ou non
être possible de relancer ce marché, très durement
touché par la crise majeure de confiance à son égard des
investisseurs, qui ont perdu beaucoup de plumes sur celui-ci et ne s’en
sont pas encore remis ? Une tentative est à l’étude,
menée par la FDIC, qui repose sur une garantie que cet organisme
donnerait, afin de favoriser le redémarrage de la titrisation. Encore
une intervention publique ! Mais il est déjà soulevé,
non sans inquiétude, que le soutien de l’Etat n’est pas
éternel, quel que soit sa forme, et que la question de savoir si la
titrisation pourra un jour voler à nouveau de ses propres ailes reste
entière.
L’enjeu est la
possibilité – ou non – de relancer la machine à
faire des dettes, condition de celle de la consommation et donc de la
croissance. Car, sinon, il faudra se résoudre à une baisse de
ces deux dernières pour une longue période, et à une
accélération du basculement économique mondial en faveur
des pays émergents. On est loin, encore, d’avoir trouvé
comment réparer ce mécanisme brisé, afin que ce cercle
donné pour vertueux puisse être rebouclé. Bien plus que
la lutte contre le déséquilibre mondial (global imbalance) – dont on comprend qu’elle est
largement vaine, en tout cas à court et moyen terme – la relance
de la titrisation est LE sujet qui compte. Le G7 Finance a commencé
à l’aborder, attendons la suite. L’espoir qui est
porté en elle reflète une dure vérité : les
gouvernements et les financiers n’ont pas de plan B, ils n’ont
comme autre perspective que de tenter de refaire fonctionner
la machine comme avant. La refondation du capitalisme est oubliée,
à peine a-t-elle été formulée.
Après la sortie dans la
neige, un banquet communautaire de viande de phoque crue était
prévu à Iqaluit. La liste de ceux qui en ont rejoint la table
n’a pas été communiquée.
Billet
rédigé par François Leclerc
Paul Jorion
pauljorion.com
(*) Un « article presslib’
» est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que
le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’
» qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos
contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait
aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut
s’exprimer ici.
Paul Jorion,
sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix
dernières années dans le milieu bancaire américain en
tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié
récemment L’implosion. La finance contre l’économie
(Fayard : 2008 )et Vers la crise du capitalisme américain ?
(La Découverte : 2007).
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