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Je me demande parfois si le monde est dirigé par des gens intelligents qui se moquent de nous ou par des imbéciles qui y croient vraiment.
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Le Grand Jeu et les petits garçons
Publié le 09 décembre 2010
1069 mots - Temps de lecture : 2 - 4 minutes
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Les projecteurs sont braqués sur l’Europe, et plus particulièrement sur la zone euro, depuis que le grand jeu s’y est déplacé et installé. Ce qui ne devrait pas faire oublier le reste du monde, en particulier les pays développés. Où en sont donc les Etats-Unis, le Japon et le Royaume Uni ? Sont-ils dans la même impasse que la zone euro, qui s’enferre dans sa propre crise ?

 

Aux Etats-Unis, c’est la Fed qui joue le rôle du sauveur. Bien qu’elle ne semble pas trop assurée de son affaire et ne cesse d’expliquer que l’Etat fédéral doit également jouer le sien afin de conjointement relancer l’économie. A ce point que son président, Ben Bernanke, laissait dernièrement entendre qu’après le QE 2, un QE 3 serait envisageable. En termes moins elliptiques, qu’un nouveau round de quantitative easing (assouplissement quantitatif) serait si nécessaire engagé, se traduisant par un nouveau programme d’achats d’obligations américaines.

 

De son côté, l’administration Obama s’adapte à la situation politique créée par la victoire des républicains à la Chambre des représentants, où ils vont être majoritaires dès la nouvelle législature. Faisant face à de très virulentes offensives, elle concède des compromis peu glorieux. Ils n’augurent pas dans l’immédiat d’une réduction du déficit budgétaire, tant en raison de la prolongation pour deux ans de la détaxe dont bénéficiaient les revenus les plus élevés que des délicates discussions au sein de la commission ad hoc chargée d’étudier entre parlementaires des deux bords des mesures de réduction de celui-ci.

 

Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre n’est pas plus à l’aise. Prise entre une inflation jugée préoccupante et une croissance qui ne l’est pas moins, tiraillée en son sein par des avis contradictoires sur la conduite à tenir, elle en tire comme conclusion de ne rien faire. L’attentisme domine, une fois épuisée l’enveloppe de 293 milliards d’euros de son programme d’assouplissement quantitatif de mars 2009, alors que la reprise est chaotique et incertaine et que vont entrer en vigueur en début d’année les mesures d’austérité décidées par le gouvernement Cameron.

 

Au Japon, c’est le gouvernement qui a lancé un programme de 44 milliards d’euros sous forme d’une rallonge budgétaire destinée à relancer l’économie. La Banque du Japon ayant auparavant décidé d’acheter, pour un même montant dans un premier temps, des actifs financiers adossés à l’immobilier, ou bien des effets de commerce ou encore des obligations d’Etat. Les plans et les mesures continuent de se succéder, toujours sans sortir le pays de la trappe à liquidité dans laquelle il est tombé. Seule consolation, le dollar monte par rapport au yen, ce qui favorise les exportations et donc la croissance.

 

D’un pays à l’autre, les potions utilisées sont différentes – pour ne pas dire opposées – mais elles ont en commun d’être inefficaces. Les 16 pays européens de l’euro, ainsi que la BCE, ne sont finalement pas plus mal lotis.

 

Le monde occidental est en panne de croissance et ne sait pas pourquoi. Essayant toutes les combinaisons de remèdes – panachant des interventions des banques centrales et des plans de relance, ou les proscrivant au contraire – les gouvernements tirent dans tous les sens une machine qui recherche son équilibre et aurait certainement besoin de l’être dans un seul.

 

Devant les marchés tout puissants, les gouvernements se comportent comme des petits garçons. Incitant à penser que soit ils sont particulièrement timorés, soit ils ont partie liée, soit encore ils n’ont plus les moyens de faire dans ce Far West là la loi. Ce monde est à la dérive, ce qui faisait office de démocratie représentative est en train de se révéler être un trompe l’œil, puisque le pouvoir n’est pas là où sont les élus.

 

Le marché obligataire allemand vient de donner un fâcheux signal : pour la troisième fois consécutive, une émission vient de n’être que partiellement souscrite et le taux consenti s’élève. Comme si les marchés anticipaient que, d’une manière ou d’une autre, l’Allemagne devra finalement mettre au pot commun européen, bien qu’elle s’y refuse avec obstination. Sur le marché des T-bonds américains à dix ans, un autre signal vient d’être donné, leur taux monte également à la suite de mesures décidées par Barack Obama, qui vont augmenter le déficit budgétaire. Même l’Allemagne subit le contre-coup de la crise européenne, tandis que les Etats-Unis voient leur taux monter au lieu de descendre comme prévu, suite au QE 2 de la Fed. Les marchés font de la politique et les politiciens ne maîtrisent pas la finance.

 

Une ère est en train de se clore, dans laquelle le crédit était facile, aussi bien pour les ménages que pour les Etats. L’ensemble dopait une croissance dont on ne se souciait pas trop de savoir de quoi elle était faite, tant qu’elle se poursuivait allégrement. Un peu, dans un autre funeste domaine, comme le prix de l’immobilier, dont le destin était croyait-on d’en faire éternellement autant.

 

Le crédit n’est plus ce qu’il était et la croissance non plus. Quels autres repères faut-il se donner, quelle économie faut-il remettre sur pied et comment ?

 

Bien poser les problèmes permet, dit-on, de les résoudre à moitié. Se refuser à le faire, comme constaté, ne peut avoir que de sombres conséquences. Les banques centrales sont toujours le dernier recours du système financier, le prenant sans conditions sous sa protection, créant les conditions pour que s’exerce son racket. Les gouvernements donnent désormais toute l’apparence d’être comme ces financiers qui ont pris le pouvoir dans les grandes entreprises. Ne connaissant pas le métier de celles-ci, mais se forgeant une réputation de gestionnaires hors pair grâce à leur maîtrise impitoyable de la bottom line (la ligne du bas des comptes d’exploitation).

 

Mais ce monde ne parvient pas à retrouver son assiette.

 

Billet rédigé par François Leclerc

 

 

Paul Jorion

pauljorion.com

 

 

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

 

 

Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008 )et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).

 

 

 

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