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Initialement
prévu pour n’être qu’un mauvais moment à
passer, le désendettement ne se déroule
décidément pas bien du tout cette fois-ci. Il produit des ravages
et prolonge la crise pour une longue période dont on ne voit pas la
fin. Comme si la machine à produire de la dette – le
système financier – avait été trop loin cette
fois-ci, s’en était trouvée
déséquilibrée, sans parvenir à depuis retomber
sur ses pieds.
Des
obstacles imprévus se dressent dans le cours du processus de
désendettement, entravant les opérations de refinancement
d’une dette dont la réduction n’est que progressive, quand
elle ne continue pas à augmenter dans un premier temps, comme
c’est le cas pour la dette publique. Phénomène
redoutable, les actifs de qualité finissent par faire défaut
pour venir en garantie de nouveaux emprunts la faisant rouler, en raison de
l’effet additionné de deux facteurs : le volume des engagements
a encore grossi et la qualité du collatéral s’effrite,
conséquence de l’accroissement du risque attaché aux
emprunteurs, Etats ou établissements financiers.
Le
phénomène est redoutable, car cet accroissement grippe le
mécanisme de garantie de la pyramide du crédit. Va-t-il
falloir, après avoir constaté la mort de la titrisation –
dont l’une des missions avortées était de mutualiser le
risque pour le faire disparaître – enregistrer qu’une
nouvelle panne a atteint la machine à faire de la dette,
affectée par la pénurie du collatéral apporté en
garantie ?
Un
autre signal alarmant a de plus été donné
lorsqu’il a été constaté que, en raison de risques
supposés ou réels, le nombre de transactions successives
réalisée avec un même actif apporté en
collatéral aurait diminué, atteignant le rendement du
système.
A
l’échelle européenne, la décision de la BCE
d’assouplir ses critères d’éligibilité du
collatéral apporté par les banques en garantie de leur emprunt
géant de 489 milliards d’euros tente de contribuer à
détendre la situation. Mais elle conduit à choisir entre deux
effets pervers possibles : soit la banque centrale devient une bad bank, si elle
n’est pas assez regardante sur leur qualité, soit les Etats
garantissent des actifs pour améliorer celle-ci, mais ils accroissent ainsi
leurs engagements alors qu’ils devraient les réduire.
La
qualification détaillée des fonds propres au noyau dur
des établissements financiers – pris en compte dans le calcul de
leur ratio d’engagement – offre un autre aperçu du
fonctionnement de cette étrange machine. Celle-ci se fait attendre et
porte sur l’acceptation ou non par les autorités de
régulation de certaine catégories du capital hybride (ou
obligations convertibles). Obtenir de la souplesse dans ce domaine
continue d’être l’objectif poursuivi par de nombreuses
banques, soit parce qu’elles en sont déjà largement
dotées, soit parce qu’elles espèrent répondre
à leurs obligations en matière de renforcement de leurs fonds
propres par de nouvelles émissions de celles-ci.
Pour
le moins surprenant, ce mécanisme revient donc à renforcer les
fonds propres à crédit, au prétexte que la dette ainsi
créée est convertible et que les obligations
émises dans ces conditions seront en cas de pépin
transformées en actions. Ce qui chemin faisant conduit à
s’interroger, pour remonter la chaîne, sur le financement des
investisseurs de ces produits, ainsi que sur les garanties qu’ils ont
eux-mêmes apportées pour les obtenir. A l’empilement des
dettes correspond celui des actifs financiers apportés en garantie;
mais leur fragilisation menace le système tout entier. Si l’on
cherche une cause au sournois risque systémique que l’on
ne sait pas anticiper, elle est toute trouvée.
Une
autre parade est disponible pour faire face à la pénurie de
collatéral : faire garantir par les Etats les actifs de qualité
médiocre apportés en garantie. Mais cela renvoie à la
qualité de leur signature, qui tend à se réduire au fur
et à mesure que leur notation est dégradée ou mise sous
surveillance…. A force, le schéma s’apparente à
l’image d’un aveugle soutenu par un paralytique.
La
montagne de la dette est sacrée, ce qui ne l’empêche pas
de menacer de s’écrouler, car la dynamique tumultueuse du
désendettement n’est pas maîtrisée et son
refinancement se heurte à l’augmentation du risque qui y est
associé. Il en découle que le choix entre une restructuration
imposée à chaud ou une autre ordonnée est
déjà inscrit dans la situation actuelle. Mais, même
ordonnée, cette dernière ne se fera pas sur un boulevard
bordé de roses, car elle imposera une mise à plat du
système financier, offrant l’occasion d’une remise en
cause de l’intangible qui nous est faussement opposé.
Billet rédigé par
François Leclerc
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