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Nous avons
expliqué dans un premier
article que la hausse des dépôts auprès de la Banque
centrale européenne (BCE) relevait d’une production accrue
d’euros. Mais nous n’y avons pas fait de distinction entre les
différents types de dépôts détenus auprès
de l’Eurosystème. Or, cette
distinction est nécessaire pour comprendre les facteurs
spécifiques qui expliquent la variation des placements sur la fameuse
facilité de dépôt, celle qui a attiré toute
l’attention des analystes financiers.
Les banques
peuvent placer leurs dépôts soit en comptes courants, soit en
dépôts dits à terme, soit encore en usant de la
facilité de dépôt. Les comptes courants sont
utilisés pour y déposer les réserves obligatoires, dites
encore minimales. Ces réserves sont calculées pour chaque
période de réserve, d’une durée d’un mois
environ, en appliquant un taux de réserve réglementaire,
actuellement fixé à 1 %, au total des dépôts
détenus par les clients des banques.
D’une
période à une autre, elles varient avec les variations du total
des dépôts dans l’économie. Pour chaque banque, la
moyenne de son dépôt en compte courant sur tous les jours de la
période de réserve doit être au moins égale au
montant calculé de la réserve obligatoire. Cela veut dire que
certains jours les banques peuvent détenir moins que la réserve
requise.
C’est bien
ce que l’on observe dans la réalité. Typiquement, durant
les premiers jours d’une période de réserve les banques
placent en comptes courants bien plus que le montant requis. Leurs placements
en comptes courants diminuent les jours suivants, pour devenir
inférieurs au minimum exigé en fin de période. Sur le
graphique ci-dessous, c’est ce comportement qui explique l’allure
en dents de scie des dépôts en comptes courants,
particulièrement prononcée depuis l’été
2007.
Evolution des différents types de dépôts bancaires
auprès de l’Eurosystème,
21/01/2007 – 21/01/2012.
 
Source: Statistiques de la BCE.
Les
dépôts à terme sont utilisés par les banques pour
y placer leur excès de liquidités, avec une
échéance hebdomadaire. Il s’agit donc de
liquidités dont les banques n’ont à priori pas besoin
à très court terme. Du point de vue de l’Eurosystème, c’est un instrument dit de
reprise ou de stérilisation des liquidités, car celles-ci
restent inaccessibles aux banques pendant une semaine. Dans la mesure
où les montants déposés sont reconduits d'une semaine
à l'autre, ils ne peuvent être utilisés pour financer une
expansion du crédit par les banques. Depuis l’été
2010, on constate une hausse continue des placements en dépôts
à terme qui se sont élevés récemment à
plus de 220 milliards d’euros.
Enfin, les
placements sur la facilité de dépôt, avec une
échéance journalière, apparaissent comme le
résidu entre les liquidités totales des banques,
générées par la production d’euros, et les
placements en comptes courants et en dépôts à terme. Par
conséquent, à liquidités totales données, les
facteurs spécifiques qui expliquent la dynamique du recours à
cette facilité sont ces mêmes facteurs qui déterminent
l’usage des deux autres modes de placement, mais à effet
inverse. Plus on est près du début de la période de
réserve, plus les placements en comptes courants sont
élevés, et moindre est le recours à la facilité
de dépôt. L’effet d’une hausse des placements en
dépôts à terme est identique, toutes choses égales
par ailleurs.
On comprend
maintenant pourquoi le record de 528 milliards d’euros sur la
facilité de dépôt a été atteint le 17 janvier
précisément. C’était le dernier jour de la
période de réserve ayant commencé en décembre
2011, lorsque le placement en compte courant était donc à son
minimum sur la période. Le prochain record est donc à
prévoir pour le 14 février, dernier jour de la période
courante de réserve.
Dans les mois
à venir, les montants sur la facilité de dépôt
sont destinés à augmenter encore.
Primo, une
deuxième opération d’open-market
de 3 ans sera réalisée le 29 février, et il est plus que
certain qu’elle résultera en une hausse du total du bilan de
l’Eurosystème.
Secundo, le
taux de réserve obligatoire a été effectivement
abaissé de 2% à 1% de la base des dépôts
privés à compter de la période de réserve ayant
débuté le 18 janvier. Ceci aura pour effet de diviser par deux
les montants déposés jusqu’à présent en
comptes courants, les ramenant aux alentours d’une moyenne de 100
milliards d’euros.
Tertio, les
banques devront faire face à des échéances qu'elles ne
pourront pas financer sur la base de leur propre réserve de
liquidités. Il s'agit ici d'un facteur structurel que nous avons
déjà évoqué dans notre précédent
article, mais qu'il est bon de rappeler ici. La véritable raison
d'être des liquidités que l'Eurosystème
produira est d'éviter à certaines banques la fâcheuse
situation d'une impossibilité d'honorer leurs promesses de
remboursement sur le marché financier.
Théoriquement,
il se pourrait aussi que des placements accrus en dépôts
à terme absorbent les euros que l’Eurosystème
produira prochainement, ce qui exercerait une pression à la baisse des
placements sur la facilité. Seulement, il est peu probable que la BCE
encourage et accepte un tel développement. En effet, de tels
placements sont perçus comme des liquidités stérilisées,
et donc indisponibles pour l’économie. Or, l’objectif de
la BCE est, bien au contraire, de stimuler les crédits bancaires et de
voir les liquidités nouvelles injectées dans
l’économie plutôt que gardées en
dépôts à terme.
Nous verrons
donc les placements sur la facilité de dépôt atteindre de
nouveaux records tant que la BCE restera gouvernée par
l’idéologie selon laquelle une hausse de la quantité de
monnaie est à même de résoudre la crise financière
et de relancer la croissance.
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