Fermer X Les cookies sont necessaires au bon fonctionnement de 24hGold.com. En poursuivant votre navigation sur notre site, vous acceptez leur utilisation.
Pour en savoir plus sur les cookies...
AnglaisFrancais
Cours Or & Argent en

L’héritage du débat de l’école française sur la fausse monnaie dans la controverse monétaire autrichienne, 1ère partie

IMG Auteur
 
Publié le 26 février 2015
1042 mots - Temps de lecture : 2 - 4 minutes
( 4 votes, 5/5 )
Imprimer l'article
  Article Commentaires Commenter Notation Tous les Articles  
0
envoyer
0
commenter
Notre Newsletter...
Rubrique : Article du Jour

 

 

 

 

Cet article d’histoire de la pensée économique vise à rappeler l’importance du débat de l’école française du XIXe siècle sur la question de la fausse monnaie pour la définition des termes du débat monétaire et bancaire contemporain entre les économistes autrichiens.

 

 

 

La confrontation des différentes théories de la monnaie, du système bancaire et du crédit, constitue sans aucun doute la controverse la plus importante de la science économique, et mérite à ce titre une attention toute particulière. La compréhension du fonctionnement du système économique tout entier, et en particulier des causes institutionnelles à l’origine du cycle économique, repose sur des hypothèses et des fondements théoriques quant à la nature même de l’ordre monétaire, bancaire et financier.

 

C’est pourquoi la polémique qu’ont eue les économistes français du XIXe siècle sur la question de l’émission des billets de banque nous permet de retracer l’histoire des débats entre les différentes écoles économiques, et d’éclairer les positionnements intellectuels des économistes contemporains, notamment ceux de l’école de la banque libre et de leurs opposants. En effet, comme nous allons le montrer, les débats de l’école française d’économie politique peuvent être considérés comme la préfiguration historique des polémiques actuelles entre les économistes autrichiens[1] sur la question des réserves fractionnaires et du crédit bancaire.

 

L’école française d’économie politique était en fait composée d’un groupe influent d’économistes, disciples de Jean-Baptiste Say[2], qui ont défendu à la fin du XVIIIe siècle et pendant une grande partie du XIXe siècle le libre-échange, la libre concurrence, la propriété privée et le laissez-faire. L’apogée de cette école vint avec la fondation du Journal des économistes en 1841, une revue économique influente qui a été dirigée successivement par Jean-Gustave Courcelle-Seneuil, Gustave de Molinari et Yves Guyot, et qui a eu des contributeurs aussi éminents que Léon Walras, Frédéric Bastiat, Vilfredo Pareto ou encore Charles Coquelin[3] ; et avec la Société d’économie politique, l’une des plus anciennes sociétés savantes, fondée en 1842 sur le modèle de la Society of Political Economy.

 

Le débat sur la fausse monnaie dans le Journal des économistes (1866)

 

En 2002, Oskari Juurikkala a publié un article dans le Quarterly Journal of Austrian Economics sur le débat de 1866 sur la « fausse monnaie » entre les économistes français du XIXe siècle, qui s’affrontaient de manière interposée dans le Journal des économistes[4]. Il faisait l’hypothèse que les éléments, les théories et les arguments contenus dans les débats monétaires et bancaires de l’école autrichienne actuelle constituent en quelque sorte l’héritage intellectuel des conceptions monétaires élaborées dans cette revue.

 

Ce débat sur la « fausse monnaie » opposait deux courants au sein de l’école française d’économie politique du XIXe siècle. D’un côté, les partisans d’un système de banque libre à 100% de réserves, dont faisaient partie Victor Modeste[5][6] et Henri Cernuschi[7][8], et qui pensaient que l’émission de monnaie fiduciaire devait être garantie et adossée à un stock d’or correspondant, afin d’en assurer la stabilité de la valeur. De l’autre, les partisans d’un système bancaire à réserves fractionnaires, où on comptait Jean-Gustave Courcelle-Seneuil[9] (rédacteur en chef de ce fameux Journal des économistes) et ses disciples – notamment Gustave du Puynode[10][11] et Théodore Mannequin[12] – qui défendaient à leur tour une liberté bancaire illimitée et la libre détermination de la quantité de billets en circulation par les banques commerciales, notamment par des moyens d’innovation bancaire tels que les réserves fractionnaires.

 

La particularité du débat français d’économie politique, par rapport à l’école anglaise, était que la plupart des économistes s’accordaient sur la nécessité de l’interdiction du monopole d’émission des billets par la banque centrale, alors que les Anglais pensaient que la banque d’Angleterre était légitime dans son rôle de prêteur en dernier ressort et de privilège monopolistique exclusif dans l’émission des moyens fiduciaires (accordé en 1844).

 

Même si les deux traditions avaient un désaccord fondamental sur l’attribution du monopole à une banque centrale, on peut retrouver les mêmes lignes de fractures sur la question de la couverture partielle ou intégrale des billets de banque entre l’école de la banque – libre ou centrale – et l’école de la monnaie – libre ou centrale – selon la classification de Vera C. Smith[13] que nous détaillerons plus tard.

 

 

 

À suivre

 

 

 



[1] À titre d’exemple, nous pouvons citer Lawrence White, George Selgin ou encore Pascal Salin comme faisant partie de ces économistes autrichiens favorables à la couverture partielle des dépôts bancaires, alors que Murray Rothbard, Jesús Huerta de Soto, Guido Hülsmann, ou encore Hans-Hermann Hoppe, se sont distingués par leur opposition farouche à ce système, le qualifiant souvent de frauduleux.

[2] Jean-Baptiste Say, sans doute le plus éminent des économistes classiques français, est considéré à juste titre comme un précurseur de l’école autrichienne d’économie, principalement en raison de sa théorie de la valeur-utilité qui postule que la richesse ne résulte pas du travail mais de l’utilité que procurent les marchandises. Ce concept classique dans l’école française sera au fondement du subjectivisme autrichien.

[3] Charles Coquelin, Du Crédit et des banques, Guillaumin & Cie, Paris, 1848

[4] Oskari Juurikkala, “The 1866 False Money Debate in the Journal des économistes: Déjà Vu for Austrians?”, The Quaterly Journal of Austrian Economics, Vol. 5, No. 4, Winter 2002, pp. 43-55

[5] Victor Modeste, « Le Billet des banques d’émission et la fausse monnaie », Journal des économistes, vol. 3, août 1866, pp. 181-212

[6] Victor Modeste, « Le Billet des banques d’émission est-il fausse monnaie », Journal des économistes, vol. 4, octobre 1866, pp. 73-86

[7] Henri Cernuschi, Mécanique de l’échange, A. Lacroix, Paris, 1865

[8] Henri Cernuschi, Contre le billet de banque, Guillaumin, Paris, 1866

[9] Jean-Gustave Courcelle-Seneuil, « Le Billet de banque n’est pas fausse monnaie », Journal des économistes, vol. 3, septembre 1866, pp. 342-349

[10] Gustave du Puynode, « Le Billet de banque n’est ni monnaie ni fausse monnaie », Journal des économistes, vol. 3, septembre 1866, pp. 392-395

[11] Gustave du Puynode, « Le Billet de banque n’est ni monnaie ni fausse monnaie », Journal des économistes, vol. 4, novembre 1866, pp. 261-267

[12] Théodore Mannequin, « De la question soulevée par M. Modeste à propos de l’émission des billets de banque », Journal des économistes, vol. 4, décembre 1866, pp. 396-410

[13] Vera C. Smith, The Rationale of Central Banking, Ind.: Liberty Fund, Indianapolis, 1990 [1936], pp. 144-145

<< Article précedent
Evaluer : Note moyenne :5 (4 votes)
>> Article suivant
Marc Lassort, diplômé de science politique à l’Institut d'Études Politiques de Bordeaux, et diplômé d’analyse économique du droit et des institutions à l’Université d’Aix-Marseille, est chercheur associé à l’Institut de Recherches Économiques et Fiscales (http://fr.irefeurope.org) et secrétaire général de l’Institut Coppet (www.institutcoppet.org).
Publication de commentaires terminée
Dernier commentaire publié pour cet article
Soyez le premier à donner votre avis
Ajouter votre commentaire
Top articles
Flux d'Actualités
TOUS
OR
ARGENT
PGM & DIAMANTS
PÉTROLE & GAZ
AUTRES MÉTAUX