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Cours Or & Argent en

Des pauvres toujours plus pauvres, des riches toujours plus riches ?

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Publié le 20 mars 2013
767 mots - Temps de lecture : 1 - 3 minutes
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Rubrique : Editoriaux

 

 

 

 

On entend souvent dire que « les pauvres sont de plus en plus pauvres, et les riches de plus en plus riches ». Si souvent, en fait, que cela est devenu une sorte de triste évidence que l’on accepte sans réfléchir, la simple musicalité de l’expression lui donnant l’apparence d’une logique implacable.


La pauvreté serait non seulement un état de fait, mais plus encore une sorte d’épidémie rongeant une part de plus en plus grande du corps social. Inversement, la richesse serait une sorte de privilège croissant et sans cesse plus exclusif.


Ces deux phénomènes seraient même l’envers et l’endroit de la même dynamique : l’enrichissement exponentiel d’une élite sans cesse plus minoritaire serait la cause de l’apauvrissement tragique du reste de la population.


Qu’en est-il en réalité? Le sujet est si vaste et complexe qu’il faudra se contenter ici d’en étudier un aspect particulier.


La première chose que l’on peut affirmer est que la part des revenus des 10% les mieux rémunérés dans le revenu national est à un niveau historiquement bas. Avant-Guerre, elle était de l’ordre de 47%. Au cours des Trente Glorieuses, elle dépassait encore les 35%. Au début des années 2000, elle était inférieure à 33%.


Les Trente Glorieuses, que l’on évoque souvent comme un âge d’or caractérisé par la croissance, le plein emploi et l’élévation du niveau de vie général, était donc beaucoup plus inégalitaires que ne l’est notre époque si décriée de mondialisation économique et d’explosion financière.






Si la mesure de l’évolution de la « part des plus hauts revenus dans le revenu national » a quelque chose de malsain, ce ne sont pas les disparités qu’elle pointe ou la dynamique qu’elle souligne, mais bien plutôt le fait qu’elle présente la répartition des fruits de l’activité économique comme le résultat d’un rapport de force entre classes sociales, et non pas de contributions individuelles différenciées.


Tout se passe comme si « la France » produisait une certaine richesse globale dont une minorité capterait une part démesurée au détriment de la majorité.


On ne peut nier que cette compréhension fautive de l’activité économique traduise une certaine réalité. Mais la raison en est que l’activité économique réelle ne correspond pas au fonctionnement normal d’un marché libre, pour la simple raison que l’État y intervient de multiple façons.


Les inégalités économiques et sociales ne sont pas pathologiques en soi. Tout dépend comment elles sont produites et donc ce qu’elles traduisent.


En 2005, les 10% ayant les revenus les plus élevés gagnaient au minimum 28 520 euros, et les 10% ayant les revenus les plus bas gagnaient au maximum 8 230 euros. Maintenant, si ces revenus élevés correspondent au fait que les 10 % les plus riches fournissent un travail aussi rare qu’utile et/ou avancent une partie de leurs fonds à des entreprises à succès, et oeuvrent ainsi au bien-être de la société en général, et des plus défavorisés en particulier, par la création d’emplois et de produits de qualité, il n’y aurait certainement rien à redire. Surtout si la population à bas revenus ne connait pas le chômage, reste à l’abri de l’inflation, et à qui la libre entreprise offre une chance de mobilité ascendante.






La situation n’est pas du tout la même, en revanche, si les hauts revenus sont artificiellement dopés par des politiques monétaires à l’origine de bulles financières et d’inflation. Ou si les bas revenus traduisent un manque de croissance et d’opportunités dû aux rigidités imposées à l’activité.


On notera cependant que, même dans cette seconde situation, les 10% les plus riches se sont en réalité moins enrichis entre 1997 et 2005 que les 10% les plus pauvres – lesquels, loin de s’appauvrir, sont le groupe social dont la situation s’est le plus améliorée.


Il est vrai que les très hauts salaires ont, eux, explosé. Entre 1998 et 2006, les 0,01% les mieux payés ont ainsi vu leurs salaires augmenter de 69%, contre 0,9% pour 90% des salariés.


Tel que noté plus haut, la raison en est, d’une part, le dopage financier impliqué par les politiques monétaires (les hauts salaires évoluant, directement ou indirectement, avec les cours de bourse des grandes entreprises) et, d’autre part, le chômage (qui freine la hausse des bas salaires), l’inflation (même bénigne en apparence) et la faiblesse de la croissance.

 






Et c’est dans la solution de ces problèmes-là que réside l’espoir – et donc dans une moindre intervention de l’État dans l’activité économique. Ce n’est certainement pas dans l’attitude démagogique consistant à blâmer la marché des effets de politiques passées afin d’en justifier de nouvelles.



Les documents contenus dans cet article sont tirés des Cahiers Français, nº351

 

 

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Jérémie Rostan enseigne la philosophie et l'économie à San Francisco. Il est l'auteur, en plus de nombreux articles pour mises.org et le quebecois libre, de guides de lecture aux travaux de Condillac et de Carl Menger, ainsi que d'un ouvrage , Le Capitalisme et sa Philosophie, et de la preface a la reedition de l'ethique de la liberte de Rothbard (Belles Lettres)
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