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L’IMPUNITÉ N’EST PLUS LA RÈGLE

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Publié le 09 juin 2014
608 mots - Temps de lecture : 1 - 2 minutes
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Rubrique : Editoriaux

Quel spectacle ! La direction de BNP Paribas se mure dans son silence et fait donner le président de la République et ses ministres, qui se plient à l’exercice au nom de la France. Et l’ancien directeur général de la BCE, Jean-Claude Trichet, vient à la rescousse avec des arguments hauts en couleur, après que le gouverneur de la Banque de France a tenté de noyer l’incendie. Faut-il que le désarroi se soit installé pour qu’il en soit venu à de telles extrémités.

La carte politique de l’anti-américanisme a été jouée pour amoindrir – faute de pouvoir effacer – un comportement délictueux au pays des banques vertueuses. En toute cohérence avec le fonctionnement du système, car ce que l’affaire BNP Paribas met de manière caricaturale en évidence, c’est l’étroite connivence qui règne entre le pouvoir politique et le monde bancaire. Tout en enregistrant un piètre résultat à son offensive en direction des autorités américaines qui a tourné court entre la poire et le fromage.

On ne sait plus qui doit être sauvé, de la tête de Baudouin Prot, le président de BNP Paribas, de l’Europe ou même du monde entier qui pourrait être atteint par le risque systémique, si l’on devait en croire Jean-Claude Trichet. Les nerfs lâchent, tant il est vrai qu’il n’est pas coutumier que des têtes soient réclamées (par les autorités américaines) et qu’il ne soit plus question de se satisfaire de celle des lampistes. La direction de la banque se serait finalement résolue à établir une liste de victimes expiatoires, avec l’intention de se protéger. Il est vrai que les dirigeants des banques françaises ne sont pas habitués à un tel traitement, eux qui bénéficient non pas tant du contrôle et de la surveillance de la Banque de France et de son gouverneur Christian Noyer, que de sa permanente bienveillance.

Le montant de l’amende qui pourrait être infligée à BNP Paribas serait disproportionné, entend-on dire de partout. Quelle découverte ! Mais tout est disproportionné dans cette crise, à commencer par la montagne de dettes qui a été accumulée, le montant des aides directes et indirectes attribuées aux banques, et surtout ses conséquences sociales détestables ! Les amendes infligées aux banques sont en proportion, voilà tout. Il est d’ailleurs question que celle de Bank of America qui serait à venir crève les plafonds et ravisse à BNP Paribas la première place. Les banques américaines ne seraient donc pas préservées de l’offensive menée par les régulateurs et autorités judiciaires américaines (comme d’ailleurs on peut déjà le constater).

Parlant de constat, celui de l’opiniâtreté de ces autorités doit être relevé. En témoigne la saga des banques suisses à propos de leurs complaisances en matière d’évasion fiscale des riches Américains, que l’amende infligée au Crédit Suisse est loin de clore. A se demander aussi si d’autres banques européennes pourraient prochainement rejoindre BNP Paribas sur le banc de l’infamie, c’est à dire de la rupture des embargos du gouvernement américain. Il ne faut en effet pas chercher très loin pour découvrir dans les rapports annuels du Crédit agricole, d’Unicrédit et de la Deutsche Bank la mention d’investigations en cours aux États-Unis pour la même raison. Ce qui fournira au moins motif à consolation à BNP Paribas, si elles débouchent sur des inculpations.

Toutes les occasions sont bonnes pour travestir la réalité de la crise. La construction de l’Europe serait imparfaite, ce qui n’est pas faux mais éviter de gratter plus profond. Une grande banque internationale française est mise sur la sellette, et il faudrait n’y voir qu’une offensive américaine anti-européenne. L’énergie politique est consacrée à dévier les coups pour ne pas avoir à affronter les problèmes en leur cœur.

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Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008 )et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).
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"c’est l’étroite connivence qui règne entre le pouvoir politique et le monde bancaire."

Et quelle politique pourrait bien mener un gouvernement élu (et à réélire) s'il n'avait derrière lui un banquier pour accepter sa politique et la valider en payant ses déficits ?
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"c’est l’étroite connivence qui règne entre le pouvoir politique et le monde bancaire." Et quelle politique pourrait bien mener un gouvernement élu (et à réélire) s'il n'avait derrière lui un banquier pour accepter sa politique et la valider en payant s  Lire la suite
Pâris - 10/06/2014 à 14:39 GMT
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