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Cours Or & Argent en

Le mythe de l’instabilité des prix à l’ère de l’étalon or

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New World Economics
Publié le 07 avril 2016
1645 mots - Temps de lecture : 4 - 6 minutes
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Rubrique : Editorial du Jour


Les économistes actuels  affirment souvent que l’ère des monnaies fiduciaires dans laquelle nous vivons actuellement a enregistré des prix bien plus stables, du moins sur le court terme (d’une année sur l’autre) que les devises garanties par l’or ’avant 1914.

Par exemple, un article écrit le mois dernier par Russell Green, de l’Institut de politiques publiques de l’Université Rice, stipule que « d’une année sur l’autre, la volatilité des prix est supérieure à celle que produisent les politiques monétaires modernes d’objectifs d’inflation ».

Le problème reste de savoir de quels prix nous parlons ici. Ces dernières années, le terme de « prix » a généralement fait référence à un indice assez large comme le PIB ou l’IPC (Baker utilise l’IPC).

Mais aucun de ces indices n’existait avant 1919, date à laquelle le Bureau des statistiques du travail a commencé à compiler une version rudimentaire de l’IPC. L’IPC moderne ne date que de la récente révision de 1940. Le déflateur du PIB a commencé à être compilé par le gouvernement en 1947.

Les « prix » dont ils parlent, pour l’ère d’avant 1914, sont ceux des marchandises. Pour ce qui concerne les Etats-Unis, ils signifient typiquement le Warren Pearson Index, compilé en 1933 par deux académiciens. Cet indice représente les prix des marchandises à New York, composé à hauteur de 25% de produits agricoles, 25% de denrées alimentaires, 10% de matériaux de construction, 10% de produits textiles (laine et coton), 10% de carburant, 10% de métaux, 4% de cuir, 3% d’alcool et 3% d’autres produits.

 

Il s’agit en quelque sorte d’un indice des prix des marchandises, influencé majoritairement par les marchandises agricoles. Un indice de ce type, tel que le CRB actuel, a une volatilité bien supérieure à celle de l’IPC. Par exemple, depuis 1970, la déviation annuelle du CRB a été de 14,67%. La délation moyenne de l’IPC sur la même période a été de 3,02%.


Ce n’est pas la même chose. Pas du tout.

Pour la période qui s’étend de 1880 à 1913, l’écart moyen de l’indice Warren-Pearson  a été de 6,74%.

Une comparaison d’égal à égal nous donne donc une volatilité de 14,67% des prix des marchandises entre 1970 et 2015, et de 6,74% entre 1880 et 1913.

Bien évidemment, les prix des marchandises ont été bien plus volatiles depuis 1971 et tout au long de l’époque des devises flottantes.

 

Sur le plus long terme, les prix des marchandises ont été largement inchangés entre 1880 et 1914, mais ont gagné 4,5% par an en moyenne entre 1970 et 2015. Voilà à quoi ressemble la perte de valeur d’une devise sur le long terme.

Et c’est parfaitement sensé. Une devise flottante voit sa valeur fluctuer. Une devise liée à un étalon or a pour objectif premier d’être aussi stable que possible. Vous devriez être capable d’en deviner les conséquences à partir de cette simple description.

Vous les avez certainement comprises.

* * *

 

Cet article a invité Russell Green à commenter :

Mon analyse n’utilise pas l’indice Warren-Pearson. Personne ne l’utiliserait, bien que M. Lewis soit d’avis qu’il s’agisse d’une source « typique ». Il est explicitement un indice des prix des marchandises similaire au CRB, et les deux incluent l’or comme composant essentiel. Aucun de ces deux indices n’a de lien fort avec le coût de la vie, ce qui est ce dont se soucient beaucoup de gens.

Mon analyse utilise un IPC basé sur des données collectées dans des journaux historiques, des catalogues de l’époque et auprès d’autres sources, et s’efforce d’être géographiquement représentative. Le lien vers les données utilisées est fourni. Mes sources ne sont pas parfaites, mais elles sont bien supérieures à une simple comparaison des indices des prix des marchandises, et notamment d’indices qui incluent l’or.

Je reste convaincu qu’au vu de l’IPC, l’instabilité des prix d’une année sur l’autre était plus importante sous l’étalon or qu’entre 1985 et 2015.


Ces critiques sont justifiées. Je n’avais pas connaissance d’un tel indice, et me suis donc renseigné à son sujet. Voici une description des chiffres de l’IPC tirée de measuringworth.com, que Green cite parmi ses sources :

https://www.measuringworth.com/docs/cpistudyrev.pdf

Ce document nous offre une multitude d’études de prix, dont aucune ne couvre la période d’avant 1913. Une étude datant de 1977 (David et Solar) couvre la période 1774-1851. Une autre étude menée par Burgess en 1920 (avant Warren et Pearson) couvre la période 1841-1920. En-dehors de ces deux-là, nous n’avons qu’une multitude d’analyses de périodes plus courtes. La plus détaillée est celle de Reese (1960), qui se base sur divers catalogues et journaux de l’époque étudiée, et couvre les « dépenses de 25.440 familles » (il serait intéressant de voir comment quelqu’un, dans les années 1960, a pu suivre les dépenses de 25.440 familles des années 1890). Il me semble que Green fait référence à celle-ci. Elle couvre la période 1890-1914.

Mais rien de tout cela n’est important. Observons simplement à quoi ressemble l’IPC de measuringworth.com. Le voici ici, comparé à l’indice Warren Pearson.

 

Comme vous pouvez le voir, c’est virtuellement la même chose avant 1851. Après cette date, la situation est similaire, mais ressemble un peu plus à une moyenne mobile sur cinq ans. Sur la période 1880-1913, les oscillations sont plus amorties, mais similaires aux caractéristiques de l’indice Warren-Pearson.

Voyons maintenant l’indice CRB (l’équivalent moderne de l’indice Warren-Pearson) et l’IPC officiel :

 

Comme vous pouvez le voir, l’IPC est extrêmement amorti, et ne suit l’indice CRB que sur le long terme, à la manière d’une moyenne mobile sur trente ans.

Je pense que vous serez d’accord avec le fait que les IPC des périodes 1880-1914 et 1971-2015 sont très différents. Ils ne sont pas supposés être les mêmes. Les gens ne dépensent plus leur argent sur les mêmes produits aujourd’hui qu’ils le faisaient en 1880. Et même aujourd’hui, l’IPC de certains marchés émergents comme l’Indonésie ou l’Equateur est bien plus corrélé aux prix des marchandises, parce que les denrées alimentaires et le carburant représentent une portion bien plus importante des dépenses des individus. L’IPC est aussi très différent aujourd’hui de ce qu’il était en 1980. John Williams, de chez shadowstats.com, nous le démontre en détail.

 

L’IPC basé sur 1980 est ici calculé exactement de la même manière qu’il l’était en 1980, sans aucun des changements qui ont été établis depuis.

Depuis 2005 environ, l’IPC est devenu si manipulé qu’il a commencé à être perçu par beaucoup comme un indice mensonger. Une propagande. C’est aussi là un sujet intéressant.

Il est donc important d’observer les prix des marchandises comme une réflexion des conditions monétaires plutôt qu’au travers d’un IPC. Même les prix des marchandises ne sont pas comparables sur le long terme. La hausse des rendements par acre de blé ou de maïs depuis 1950 a entraîné un important déclin de la valeur marché du blé et du maïs par rapport à l’or, ce qui n’était pas le cas à l’époque.




 

 

Etrangement, ce déclin des valeurs des marchandises par rapport à l’or a aussi touché des métaux tels que le cuivre, qui sont toujours les mêmes qu’il y a cent ans. Pourquoi ?

 

Je suppose que l’une des raisons en est que la dette des mines a été annulée par l’inflation, ce qui les a rendues solvables à un prix du cuivre bien moins élevé. En raison également de la volatilité des prix depuis 1970, je suppose que les retours sur capital de l’industrie minière ont été inférieurs à la moyenne. En d’autres termes, le prix du cuivre est inférieur à son coût de production et à un retour de capital. Dans les années 1970, par exemple, il y a eu une explosion des industries minières (et de l’énergie), promue par les conditions inflationnistes de l’époque. Cette hausse n’a pas été causée par la demande du monde réel en marchandises, qui a même été réduite par les mauvaises conditions économiques de l’époque. Mais la nature de l’industrie minière implique de gros coûts de lancement – exploration et production – puis des coûts de production de moins en moins importants. Une fois une mine construite, elle continue de produire même si le prix de vente ne justifie pas son coût de lancement. Une mine produit en moyenne pour trente ans.

Que penser de tout cela ? Il n’y a pas de conclusion particulière à en tirer. La « stabilité des prix » n’est pas vraiment l’objectif d’un étalon or. Son objectif est plutôt la stabilité de la valeur monétaire, afin que les prix puissent refléter l’offre et la demande réelles pour chaque marchandise, service ou produit particulier, sans subir de distorsion générée par les facteurs monétaires. La période 1880-1914 a enregistré de gros problèmes d’offre et de demande en marchandises, liés à la période d’investissement qui s’est étendue de 1860 à 1890. Si l’or avait joué son rôle de mesure stable de valeur, alors nous aurions vu apparaître une baisse des prix pour refléter la surabondance, qui aurait naturellement mis fin aux investissements et expansions. Les prix auraient ensuite pu repartir à la hausse jusqu’à atteindre leurs moyennes de long terme, ce qui est exactement ce qui s’est passé. Peut-être un facteur monétaire est-il entré en jeu, lié à l’expansion de la production d’or après 1896.

La « volatilité » des prix entre 1880 et 1914 ne reflète pas nécessairement un échec de l’or à servir de mesure stable de valeur. En revanche, la volatilité des marchandises survenue après 1971 est certainement le reflet de l’environnement de devises flottantes mis en place à l’époque.

La question demeure donc la même : « quels prix » ? L’IPC de 1880-1914 est évidemment très différent de celui de 1971-2015 (ou celui de 1985-2015), même si les deux portent le même nom et s’inscrivent dans la même série. Les prix des marchandises, le WPI et le CRB sont bien plus similaires, et donc bien plus utiles dans le cadre de comparaison si historiquement éloignées.



 

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Nathan Lewis est l'auteur de Gold: the Once and Future Money, publié par Agora Publishing et J Wiley. Il est le directeur de Kiku Capital Management.
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