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La panarchie, plaidoyer pour la concurrence politique

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Publié le 18 mai 2015
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Rubrique : Editorial du Jour

 

 

 

 

Le panarchisme est une doctrine politique inventée au XIXe siècle par l’écrivain et botaniste belge Paul Émile de Puydt (1810-1888). Il fut président de la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut mais il s’intéressa également à l’économie politique au sujet de laquelle il écrivit plusieurs ouvrages : La charité et les institutions de bienfaisance (1867), Marche et progrès de la civilisation dans les temps modernes (1870), La Grève (1876).

 

En 1860, de Puydt publie dans la Revue Trimestrielle à Bruxelles, un article intitulé « Panarchie », dans lequel il applique aux relations sociales et politiques l'idée de la concurrence économique. « Liberté du choix, concurrence. Laissez faire, laissez passer ! Cette sublime devise, inscrite sur le drapeau de la science économique, sera un jour aussi celle du monde politique », écrit de Puydt. La fameuse devise des Physiocrates « laissez-faire, laissez-passer », évoquée ici n’est pas un cri d’anarchisme mais plutôt un appel à limiter la sphère publique pour donner davantage d’autonomie à la sphère privée. C’est un principe de distinction entre la sphère politique et la sphère économique. C’est un appel aux autorités à laisser les producteurs s’organiser eux-mêmes selon la loi de l’offre et de la demande, pour produire et échanger de façon plus efficace et à moindre coût.

 

« La grande loi de l'économie politique, la loi de la libre concurrence, laissez faire, laissez passer, n'est-elle applicable qu'au règlement des intérêts industriels et commerciaux ou, plus scientifiquement, qu'à la production et à la circulation des richesses ? » Pourquoi alors ne pas envisager une organisation sociale et politique dans laquelle tous les systèmes de gouvernance seraient mis en concurrence ? Tel est le projet original de la panarchie exposé pour la première fois dans ce texte.

 

« Pan » vient du grec qui signifie tout et « archie » vient du grec « arché » qui veut dire pouvoir. La panarchie plaide pour que toutes les formes de pouvoir puissent coexister côte à côte sur le même territoire et soient librement choisis par les individus. Le panarchisme est donc un système capable de faire coexister divers systèmes politiques en laissant aux individus le choix de s’affilier au gouvernement de leur choix, ou à aucun, s’ils le souhaitent.

 

En fait, il ne s’agit pas d’une nouvelle idéologie mais simplement d’un mode d’organisation du pouvoir extraterritorial et par conséquent non monopolistique. Le domaine de souveraineté d’un gouvernement donné ne s’étendrait pas sur un territoire mais sur des personnes. Et celles-ci seraient libres de choisir leur forme de gouvernement : socialiste, communiste, monarchiste, républicain, libéral…

 

Il ne s’agit pas non plus, explique-t-il, de réclamer l'absorption de la société par l'État, comme les communistes et les collectivistes le font, ni d’appeler à la suppression de l'État, comme en rêvent les anarchistes. Il s’agit plutôt de plaider pour la concurrence des organisations étatiques sur un même territoire et donc la fin du monopole territorial de l’État souverain.

 

Selon de Puydt, il faut « pour tous et chacun des éléments de la société humaine, la liberté de s’agréger suivant leurs affinités et […] le droit absolu de choisir la société politique où ils veulent vivre et de ne relever que de celle-là. » Ainsi, ceux qui veulent fonder une république sont libres de le faire, à condition de ne pas l’imposer à ceux qui veulent un roi… et vice-versa.

 

L'auteur de « Panarchie », est le premier à avoir utilisé ce terme. Toutefois l’idée se trouvait déjà chez son maître, l’économiste Gustave de Molinari, en particulier dans son livre de 1849 : Les Soirées de la Rue Saint-Lazare (Onzième Soirée), et dans son article « De la production de la sécurité » publié dans le Journal des Économistes du 15 février 1849 (tome 22, no. 95, pages 277-290)  Gustave de Molinari s’était déjà exprimé en faveur de ce qu’il avait appelé « la liberté de gouvernement ».

 

En fin de compte, Paul Emile de Puydt présente la panarchie comme une forme de tolérance politique, sur le modèle de la tolérance religieuse. De même que l’État n’a pas à imposer une religion particulière, il n’a pas non plus à imposer un seul mode de gouvernance. Et de même que les adeptes de religions différentes peuvent vivre en paix côte à côte, de même nous devrions pouvoir vivre comme nous l’entendons sans imposer aux autres nos propres choix sociétaux et politiques (impôts, réglementations écologiques ou bioéthiques, systèmes de santé, tribunaux etc.) Ceci n’exclut pas bien sûr que sur un même territoire se nouent des alliances ou des confédérations, que ce soit pour la défense, la justice pénale ou autre.

 

 

 

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Damien Theillier est professeur de philosophie. Il est l’auteur de Culture générale (Editions Pearson, 2009), d'un cours de philosophie en ligne (http://cours-de-philosophie.fr), il préside l’Institut Coppet (www.institutcoppet.org).
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