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Les réflexions de Madame de Staël sur le suicide

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Publié le 07 avril 2014
762 mots - Temps de lecture : 1 - 3 minutes
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Rubrique : Fondamental

 

 

 

 

La petite collection éditée chez Berg International publie Les réflexions sur le suicide de Germaine de Staël. Face à un destin cruel, faut-il se résigner ou bien se révolter ? Peut-on moralement quitter la vie par un geste d’adieu définitif comme ce fut le cas récemment de l’historien Dominique Venner qui s'est tiré une balle devant l'autel à Notre Dame ?


En 1788, dans son premier livre, les Lettres sur les écrits et le caractère de J.-J. Rousseau, Madame de Staël se dit convaincue que Rousseau s’est suicidé à cause de sa solitude. Elle écrit : « Rousseau s’est peut-être permis le suicide sans remords, parce qu’il se trouvait trop seul dans l’immensité de l’univers […]. Un jour, dans ces sombres forêts, il s’est dit : “Je suis isolé sur la terre, je souffre, je suis malheureux, sans que mon existence serve à personne : je puis mourir” ».


Toute sa vie, Germaine de Staël fut tentée par le suicide. Elle a souvent menacé ses amants de se tuer, par chantage et par désespoir. Pourtant, ses Réflexions sur le Suicide, témoignent d’un effort philosophique et moral pour répudier le suicide comme une forme de folie. « J'ai écrit ces réflexions sur le Suicide, dans un moment où le malheur me faisait éprouver le besoin de me fortifier par le secours de la méditation. »


Dans l'Influence des Passions sur le bonheur des individus et des nations (1796), le suicide était excusé, voire même approuvé par Madame de Staël : « On se demande pourquoi, dans un état si pénible, les suicides ne sont pas plus fréquents, car la mort est le seul remède à l'irréparable. Mais de ce que les criminels ne se tuent presque jamais, on ne doit point en conclure qu'ils sont moins malheureux que les hommes qui se résolvent au suicide. Sans parler même du vague effroi que doit inspirer aux coupables ce qui peut suivre cette vie, il y a quelque chose de sensible ou de philosophique dans l'action de se tuer, qui est tout à fait étranger à l'être dépravé. »


Toutefois, vers la fin de sa vie, dans ses Réflexion sur le suicide, Madame de Staël désavoue ce passage et s'en accuse comme d'une regrettable erreur de jeunesse. Dans ces Réflexions, publiées en 1813 à Londres et dédiées à son ami le prince royal de Suède, elle soutient, au contraire, que la résignation à son destin est d'un ordre moral plus élevé que la révolte.


Elle consacre la première section de ses Réflexions au sens de la souffrance, non comme un amoindrissement de nos facultés, mais comme un des éléments nécessaires du « perfectionnement de nous-mêmes ».

Dans une seconde section, elle expose les principes chrétiens qui se rapportent au suicide et dans une troisième section, elle ajoute une démonstration philosophique fondée sur « la plus haute dignité morale de l'homme ».

Elle démontre que la vraie grandeur est celle du dévouement et du don de soi. L'idée du renoncement à ses passions n'est pas fondée sur un simple calcul utilitaire : s'épargner des désillusions douloureuses et inévitables. La vraie mesure de la grandeur de l'homme, selon elle, c'est l'obéissance volontaire et consciente aux lois de la nature et de sa destinée.


Ainsi, la mort volontaire dont le but est de se défaire de la vie est à distinguer de celle qui a pour but le dévouement à une cause. La première est portée par la révolte contre son sort et ne doit susciter aucun enthousiasme. En revanche, la seconde est portée par l’amour du devoir.


Madame de Staël recommande donc une certaine indulgence à l’égard d’un type de mort volontaire, le suicide politique à la romaine. Elle admet que si l’on est « incapable de la résignation chrétienne à l’épreuve de la vie, du moins devrait-on retourner à l’antique beauté du caractère des anciens ». Mais, à la suite de Socrate pour qui la décision de la mort ne nous appartient pas, elle juge l’acceptation des épreuves de la vie, comme un comportement moralement supérieur. Car « ce qui caractérise la véritable dignité morale de l'homme, c'est le dévouement », écrit-elle.



Bibliographie


Jean Starobinski, « Suicide et mélancolie chez Mme de Staël », dans Mme de Staël et l’Europe (Paris, Klincksieck, 1970), 242–52 ;

Margarite Higonnet, « Suicide as Self-Construction », dans Germaine de Staël, Crossing the Borders, éds. M. Gutwirth, A. Goldberger et K. Szmurlo (New Brunswick, Rutgers University Press, 1991), 68–81 ;

Gita May, « Staël and the Fascination of Suicide, The Eighteenth-Century Background », dans Germaine de Staël, Crossing the Borders, 16–76.

 

 

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Damien Theillier est professeur de philosophie. Il est l’auteur de Culture générale (Editions Pearson, 2009), d'un cours de philosophie en ligne (http://cours-de-philosophie.fr), il préside l’Institut Coppet (www.institutcoppet.org).
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" Toutefois, vers la fin de sa vie ........ elle soutient, au contraire, que la résignation à son destin est d'un ordre moral plus élevé que la révolte."
Face à l'idée de suicide je vois trois attitudes morales dont ne sont vulgarisées que les deux premières.
1) Pour l'athée, la vie n'ayant pas de sens, il est logique d'y mettre fin dès lors que l'on estime y avoir désormais davantage à perdre qu'à gagner.
2) Pour le chrétien, à l'instar de Mme de Staël, la résignation est de mise. Ce que je ne comprends pas chez lui, c'est sa résignation à un Dieu capricieux et injuste qui accorderait, au hasard, à certains une vie comblée ou paisible et à d'autres un sort odieux tel que par exemple servir de chair à canon pour fêter ses vingt ans.
3) Pour les croyants réincarnationistes, cette option induit un Dieu juste ou un juste ensemble de vies au cours desquelles l'on récolte selon ce que l'on a auparavant semé. Pénétré de cette notion de Karma, L'orient n'a globalement pas une position de résignation mais d'adhésion à son sort quel qu'il soit.
Cette catégorie inclut, entre autres :
Goethe, Dostoïevski, Kipling, Goethe, Henry Miller, Thomas Moore, Maeterlinck, Nietzsche, Ovide, Plotin, Pythagore, Schopenhauer, Platon, Virgile, Tolstoï et Voltaire.
Pour cette catégorie, l'épreuve est bénéfique.

" Pire que tout est une vie où il n'y a jamais eu de naufrage car alors il n'y a jamais eu de profondeur ". Victor Hugo, L'Homme qui rit.
Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
Le créancier, et la corvée
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la mort, elle vient sans tarder,
Lui demande ce qu'il faut faire
C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère.
Le trépas vient tout guérir ;
Mais ne bougeons d'où nous sommes.
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.

La mort et le bucheron, La Fontaine
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Dernier commentaire publié pour cet article
" Toutefois, vers la fin de sa vie ........ elle soutient, au contraire, que la résignation à son destin est d'un ordre moral plus élevé que la révolte." Face à l'idée de suicide je vois trois attitudes morales dont ne sont vulgarisées que les deux pr  Lire la suite
LOUIS L. - 07/04/2014 à 16:56 GMT
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