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>Demain : Tous pauvres !  - Renaud Dozoul - 
A-t-on raison de désobéir?
25 mai 2013 | Louis Cornellier | Livres

Photo : Archives
La désobéissance civile et nous
À l’école de Gandhi et de Luther King
Guy Durand
Fides
Montréal, 2013, 104 pages
Rarement invoquée au Québec, la notion de désobéissance civile est revenue dans l’actualité à la faveur du printemps étudiant de 2012. Le refus de certains étudiants et enseignants de se plier à des injonctions des tribunaux ordonnant « de laisser libre l’accès aux salles de cours » était-il justifiable, légitime ? Répondre raisonnablement à cette question n’est pas facile.

Méprisés par le gouvernement en place, les militants de la cause étudiante considéraient ne pas pouvoir, dans le respect de leur conscience, se soumettre à ce diktat juridique. Pourtant, en démocratie, il est difficile, même quand le gouvernement en place est usé, voire discrédité, de justifier le non-respect de la loi. Majoritairement favorable à cette expression de désobéissance civile, la gauche québécoise serait-elle aussi complaisante envers des citoyens conservateurs qui, par exemple, refuseraient, au nom de leur conception de la vie, de laisser libre l’accès aux cliniques d’avortement?

Désobéir civilement, écrit André Comte-Sponville dans son Dictionnaire philosophique (PUF, 2001), « c’est refuser de se soumettre à un pouvoir légitime ». Si le pouvoir est illégitime, en effet, on parlera plutôt de révolte ou de révolution dans les cas d’insoumission. Or, dans un contexte démocratique, « si chaque citoyen n’obéissait qu’aux lois qu’il approuve, il n’y aurait plus de République, donc plus de lois ni de citoyens ». Comment faire la différence, alors, entre une désobéissance civile valable et une qui ne l’est pas ? Le critère, écrit Comte-Sponville, consiste à établir « si l’on peut obéir à l’État, dans telle ou telle circonstance, sans sacrifier quelque chose de plus essentiel encore que la République. Si la réponse est non, il faut désobéir. » En d’autres termes, continue le philosophe qui insiste sur le caractère nécessairement exceptionnel d’une telle décision, « on a le droit de désobéir, mais seulement quand c’est un devoir ».

Désobéissance et démocratie

Dans La désobéissance civile et nous, un très éclairant opuscule inspiré par les événements du printemps étudiant de 2012, le théologien et juriste Guy Durand, qui n’a rien d’un séditieux, corrobore la conclusion de Comte-Sponville et l’étoffe avec une rigueur juridico-philosophique. À la suite du psychanalyste américain Erich Fromm, il affirme « que l’obéissance s’impose prima facie, mais l’esprit critique, voire la dissidence jusqu’à la désobéissance civile, s’impose tout autant dans certains cas du point de vue éthique et du progrès de la civilisation ». La désobéissance civile, déclare Durand, « fait partie du jeu démocratique comme tous les autres contre-pouvoirs ».

Ce refus de se soumettre aux lois s’inscrit d’ailleurs dans une longue tradition. Dans la Grèce antique, Antigone, dans la tragédie du même nom écrite par Sophocle, donne une sépulture à son frère, malgré l’interdiction du roi. Jésus, dans les Évangiles, contrevient « aux lois au grand dam des autorités religieuses ». Thomas d’Aquin justifie la désobéissance quand le prince va à l’encontre des lois de Dieu ou gouverne contre le peuple. Plus près de nous, le philosophe Henry David Thoreau refuse de payer ses impôts à l’État du Massachusetts, qu’il accuse de commercer avec des États esclavagistes. Tolstoï, en Russie, refuse le service militaire au nom du christianisme. Gandhi et Luther King sont aussi de célèbres insoumis, comme Morgentaler plus tard.

La désobéissance civile, écrit Durand, est une affaire de liberté de conscience, dans ses rapports avec la morale et le droit, et elle doit être appréhendée rationnellement, avec soin. « La priorité accordée à la conscience, précise le théologien, ne renvoie pas à l’arbitraire, au caprice personnel, mais bien à la responsabilité. » Former sa conscience « par la réflexion, le dialogue, la consultation, la lecture » est donc un devoir d’humain et de citoyen. Seule une conscience libre, autonome, peut revendiquer le droit à l’insoumission en certaines circonstances.

Des critères éthiques

Pour être légitime et se distinguer d’une infraction au Code criminel, la désobéissance civile, explique Durand, doit être publique (ce qui exclut le port de masques, puisque la transparence exigée par l’éthique veut qu’on « n’affiche pas ses convictions personnelles dans l’anonymat »), pacifique et conséquente (la personne doit accepter les conséquences de son geste).

De plus, la désobéissance doit tenir compte de trois critères éthiques : être une réponse à une « atteinte importante aux convictions personnelles » (la défense de l’idéal de la gratuité scolaire dans un souci de justice sociale « peut être un motif légitime », note Durand), respecter « une certaine proportionnalité entre les conséquences de la désobéissance et les conséquences du respect de la loi ou de l’ordre » et être une mesure progressive et cohérente, c’est-à-dire un moyen quasi ultime, utilisé par des personnes dont la vie témoigne de leur engagement.

À ces conditions, donc, la désobéissance civile doit être considérée comme valable et légitime, tant il est vrai, n’en déplaise à Jean Charest, que « la démocratie est aussi dans la rue » et « s’exprime également à travers l’opinion publique, les manifestations de masse, voire la désobéissance civile bien comprise et bien menée ». À leur époque, Gandhi et Luther King ont souvent été qualifiés de délinquants ; ils sont aujourd’hui considérés comme des héros. « Si l’on est attentif à la vérité de l’être humain, note Durand, il n’y a pas d’éthique ou de morale sans dissidence : dissidence par rapport aux idées reçues, à l’opinion publique, au politiquement correct. »

Dans une démocratie, le gouvernement, les tribunaux et la police n’ont pas à autoriser la désobéissance civile, conclut Durand, mais ils ne doivent pas jouer les boutefeux - poussant ainsi les citoyens à emprunter cette voie - et doivent, le cas échéant, faire preuve de compréhension et de modération. C’est beaucoup demander, semble-t-il, mais la démocratie, qui ne peut exclure la dissidence sans se nier, est à ce prix.

En france , aucune hésitation : OUI.


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il y a 3524 jours
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Début de l'article :Lors de l'entretien télévisé de François Hollande et David Pujadas le 28 mars dernier, le Président de la République a asséné que les allocations familiales n'allaient pas rester les mêmes pour tous, en indiquant comme une évidence que les riches allaient tout naturellement en recevoir moins. Il a aussi assuré que les allocations n'allaient pas être conditionnées par les revenus, ce qui tient d'une forme d'équilibrisme logique dont il est difficile de saisir la rigueur... Lire la suite
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