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La stabilisation des prix

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Extrait des Archives : publié le 31 octobre 2012
2634 mots - Temps de lecture : 6 - 10 minutes
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Les expériences tentées pour faire monter les prix de certains produits au-dessus de leur cours normal ont si souvent connu l'insuccès, insuccès total et flagrant, que leurs auteurs, tout autant que les bureaucrates qu'ils gagnent à leur cause, avouent rarement leurs buts. Ceux qu'ils déclarent ouvertement, surtout quand ils proposent une intervention de l'État, sont d'ordinaire plus modestes ou plus plausibles.


Ils n'ont aucunement l'intention, disent-ils, de faire monter le prix de tel produit et de l'y maintenir au-dessus de son cours réel. Cela serait bien mal traiter les consommateurs. Mais ce produit est actuellement vendu nettement au-dessous de son prix de revient. Le producteur ne peut gagner sa vie et, pour le sauver de la faillite, il faut agir vite. Ou alors ce produit se raréfiera et les consommateurs devront payer des prix exorbitants pour se le procurer.


La bonne affaire qu'ils ont l'air de faire aujourd'hui finira par leur coûter très cher. Car le « bas prix temporaire » d'aujourd'hui ne peut durer. Mais nous ne pouvons nous permettre d'attendre pour remédier à cette situation que les prétendues forces naturelles du marché ou que l'aveugle loi de l'offre et de la demande se mettent en mouvement. Car dans l'intervalle nous serons dans la disette. Il faut que le Gouvernement agisse. Tout ce que nous demandons, c'est qu'on empêche ces fluctuations violentes et absurdes des prix. Nous ne cherchons pas à faire hausser les prix, mais seulement à les stabiliser.


A cette fin on propose plusieurs méthodes. La plus répandue consiste à demander des prêts gouvernementaux aux agriculteurs pour leur permettre de conserver leurs récoltes et de ne pas les offrir au marché.


On développe devant le Congrès des arguments qui paraissent très raisonnables à l'ensemble des auditeurs. On leur explique que la totalité de la récolte est apportée sur le marché, dès la moisson, au moment même où les cours sont le plus bas ; les intermédiaires en profitent pour l'acheter, la stocker, et pour tenir ensuite les cours très hauts lorsque les denrées se font plus rares. Ce sont donc les premiers qui y perdent, alors qu'il serait préférable que ce soit eux plutôt que les spéculateurs qui profitent de cours moyens plus avantageux.


Ni la théorie économique ni les faits n'ont jamais confirmé ce raisonnement. Les spéculateurs tant décriés ne sont pas les ennemis du cultivateur, ils sont au contraire indispensables à sa prospérité. Les cours des prix agricoles sont sujets à fluctuations, il faut bien que quelqu'un en prenne le risque et, en fait, à notre époque, ce sont surtout les spéculateurs professionnels qui s'en sont chargés.


En général, plus leurs actes sont conformes à leur propre intérêt de spéculateurs, plus ils aident le fermier. Car les spéculateurs servent d'autant mieux leur propre intérêt qu'ils ont été plus capables de prévoir les fluctuations des cours. Mais les fluctuations sont d'autant plus faibles et d'autant moins amples qu'ils ont été plus habiles à les prévoir.


Même si les fermiers étaient obligés de jeter la totalité de leur récolte sur le marché d'un seul coup, en un seul mois de l'année, le prix du blé pendant ce mois ne serait pas forcément au-dessous de celui de tout autre mois (sauf toutefois les frais de stockage). Car, en effet, les spéculateurs achèteraient à ce moment la majeure partie de la récolte, avec l'espoir de réaliser un gros bénéfice. Ils continueraient d'acheter jusqu'au moment où le prix devenu trop élevé ne leur laisserait plus aucune perspective de bénéfices. Et ils vendraient chaque fois qu'ils apercevraient l'éventualité d'une perte probable. Le prix de la récolte se trouverait ainsi stabilisé tout au long de l'année.


C'est précisément parce qu'il existe des intermédiaires qui assument ces risques que les cultivateurs et les meuniers sont dispensés de les prendre. Ils sont ainsi à l'abri des fluctuations des cours sur le marché. Par conséquent, dans des conditions normales, si les intermédiaires font bien leur métier, les bénéfices réalisés par le fermier ou le meunier ne dépendent pas des fluctuations des prix de la récolte sur le marché, mais surtout de leur habileté professionnelle à bien mener les travaux de leur ferme ou de leur moulin.


Les cours réels montrent que, en moyenne, les prix du blé ou des céréales non périssables se maintiennent assez réguliers tout au long de l'année, mis à part les frais de stockage et d'assurance. En réalité, des enquêtes minutieuses ont permis de constater que la légère montée du prix moyen mensuel du blé qui se produit après la moisson ne compense pas entièrement ces frais, si bien que, pratiquement, les intermédiaires ont réellement subventionné les fermiers. Bien sûr, cela n'était pas dans leurs intentions, mais cela provient de la tendance persistante à l'optimisme de la part des spéculateurs. Cette tendance à l'optimisme semble exister chez les entrepreneurs des entreprises les plus sujettes à la concurrence ; en réalité ce sont eux, en tant que tels, qui, à l'encontre de leurs intentions, subventionnent leurs clients. Ceci est particulièrement vrai dans les affaires où l'on escompte de substantiels bénéfices spéculatifs. De même que les acheteurs de billets de loterie, pris en bloc, perdent de l'argent parce que chacun espère, sans raison valable, gagner l'un des gros lots, qui sont peu nombreux, de même on a pu calculer que le capital et le travail investis dans la prospection de l'or ou du pétrole avaient dépassé de beaucoup la valeur totale de l'or et du pétrole extrait du sol.


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Mais le problème se transforme quand l'État intervient, soit qu'il achète lui-même la récolte, soit qu'il donne une subvention aux agriculteurs pour leur permettre de ne pas la porter sur le marché. Il le fait parfois pour maintenir ce qu'il appelle assez raisonnablement des stocks toujours normaux. Mais l'étude des prix, et en particulier des reports annuels des récoltes, nous montre que, sur le marché libre, cette fonction est déjà parfaitement remplie par des organismes privés. Quand le Gouvernement intervient, le « stock normal permanent » se transforme en fait en un stock politique permanent. Le fermier est incité, aux dépens du contribuable, à garder sa récolte au-delà d'un délai raisonnable.


Pour s'assurer la voix du fermier aux prochaines élections, les politiciens qui prennent l'initiative de cette politique, ou les fonctionnaires qui l'appliquent, ne manquent jamais de fixer ce qu'ils appellent le prix « raisonnable » des produits agricoles au-dessus du cours normal qui s'établirait si la loi de l'offre et de la demande jouait normalement. Il en résulte une chute de la demande. Le « stock normal permanent » tend à devenir un stock constamment anormal. Des quantités excessives sont tenues hors du marché. Cela porte les prix à un niveau plus élevé qu'il ne le serait sans cela, mais on n'obtient ce résultat qu'au prix d'une baisse ultérieure des cours plus prononcée qu'elle ne le serait sans cette intervention. Car la raréfaction artificielle de cette année, par stockage d'une partie des récoltes, signifie qu'il y aura des excédents artificiels l'année suivante.


Cela nous entraînerait trop loin d'expliquer en détail ce qu'il advint lorsque cette politique fut suivie pour le coton américain [1]. Une année entière de la récolte fut stockée, ce qui détruisit entièrement notre marché extérieur. Cette carence stimula des plantations nouvelles dans beaucoup d'autres pays. Bien que ces résultats eussent été prédits par les adversaires d'une telle politique de malthusianisme et de subvention, lorsqu'ils se réalisèrent, les bureaucrates responsables répondirent simplement que cela serait arrivé de toute façon.


Car la politique de subvention s'accompagne généralement d'une politique de restriction de la production, ou y conduit inévitablement : autrement dit, c'est une politique de la rareté. Chaque fois que l'on s'efforce de « stabiliser » le prix d'une marchandise, on a d'abord considéré l'intérêt du producteur. L'objectif réel est une montée immédiate des prix. Pour atteindre ce but, on oblige chaque producteur soumis au contrôle économique à réduire sa production dans une certaine proportion. Un certain nombre de conséquences s'ensuivent immédiatement. En supposant que ce contrôle puisse être effectué à l'échelle internationale, la production mondiale est alors diminuée. Les consommateurs du monde entier ne peuvent plus en acheter autant qu'ils eussent pu le faire sans la restriction. Le monde est appauvri d'autant. Et comme ces consommateurs doivent payer plus cher qu'avant pour ces produits raréfiés, ils ont d'autant moins à dépenser pour se procurer d'autres biens.


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Les restrictionnistes répondent à ces considérations que cette chute des quantités produites se manifeste de toute façon sur un marché libre. Mais il y a une différence fondamentale entre les deux cas, ainsi que nous l'avons vu au chapitre précédent. Sur un marché de libre concurrence, ce sont les producteurs à coût trop élevé, les producteurs inefficients, qui sont mis hors de jeu par une chute des prix. Dans le cas d'un produit agricole, c'est le cultivateur le moins habile, celui qui n'a pas pu s'équiper de façon moderne, ou celui dont la terre est pauvre, qui est mis hors de jeu. Les fermiers qui savent le mieux conduire leur travail et qui ont les meilleures terres n'ont pas à restreindre leur production. Bien au contraire, si la chute des prix a été le signe d'un coût moyen de production moins élevé, qui se manifeste par une offre accrue, l'élimination du fermier marginal sur la terre marginale permet aux bons fermiers qui sont sur une bonne terre de développer leur production. Si bien qu'à la longue il se peut qu'il n'y ait aucune réduction dans la production de la denrée considérée, et celle-ci sera alors produite et vendue d'une manière permanente à plus bas prix. S'il en est ainsi, les consommateurs de ce produit seront aussi bien servis qu'ils l'étaient avant. Mais, puisque le prix sera peu élevé, il leur restera un peu plus d'argent qu'ils n'en avaient avant pour acheter autre chose.


Ils seront manifestement plus riches qu'avant. Mais les achats qu'ils feront dans d'autres domaines procureront finalement à ces fermiers marginaux des occupations plus productives et plus lucratives que par le passé.


Si nous en revenons à notre intervention des pouvoirs publics, nous voyons que la réduction uniforme et proportionnelle de la production d'une part, empêche les producteurs les plus efficients de produire à bas prix à leur pleine capacité, et maintient artificiellement en fonction les producteurs moins habiles, dont les prix de revient restent élevés. Cela augmente le coût moyen de production, et le produit est obtenu avec un moins bon rendement qu'avant. Le producteur marginal à faible rendement, ainsi maintenu artificiellement, continue à occuper de la terre, du travail et un capital qui pourraient être plus utilement et de manière plus efficace consacrés à d'autres usages.


Soutenir que la politique de restriction a au moins pour effet de faire monter le cours des produits agricoles, et qu'ainsi « les fermiers voient augmenter leur pouvoir d'achat », est une argumentation qui ne vaut rien, car ce n'est qu'au détriment du pouvoir d'achat de l'habitant des villes qu'ils augmentent le leur. (Nous avons étudié le cas dans notre analyse des prix « paritaires »). Donner une subvention aux fermiers pour les inciter à réduire leur production, ou leur donner la même somme pour une production artificiellement réduite, revient au même que d'obliger les consommateurs ou les contribuables à payer des gens à ne rien faire. Dans chaque cas, les bénéficiaires d'une telle politique voient leur pouvoir d'achat augmenter. Mais, dans chaque cas, d'autres voient le leur diminuer d'autant. La perte sèche pour l'ensemble du pays est une perte de production, car on subventionne des gens afin qu'ils produisent moins. Comme il y a perte et comme il y a moins de biens en circulation, le salaire réel, le revenu réel baisseront, soit par la réduction de leur montant, soit par la hausse du coût de la vie.


Mais si l'on s'efforce de maintenir le prix d'un produit agricole au-dessus du cours normal sans imposer de restriction à la vente, l'excédent non vendu de ce produit surtaxé continuera d'être stocké jusqu'à ce que finalement le marché s'effondre à un niveau beaucoup plus bas que si l'on ne lui avait jamais appliqué aucun contrôle, ou bien, les producteurs n'étant astreints à aucune restriction de production, attirés par la hausse artificielle des prix, développent leur rendement hors de toute mesure. C'est ce qui s'est produit avec le plan anglais pour le caoutchouc anglais et le plan américain pour le coton. Dans les deux cas, la chute des cours prit finalement des proportions catastrophiques qui n'auraient jamais été atteintes s'il n'avait été appliqué aucun système artificiel. Ce plan, qui avait commencé allégrement à « stabiliser » les prix et l'état du marché, causa une instabilité incomparablement plus grande que ne l'eût fait le libre jeu des forces d'équilibre du marché.


Aujourd'hui, certes, on nous assure que le contrôle international des prix qu'on préconise évitera toutes ces erreurs. Aujourd'hui les prix qu'on imposera seront équitables à la fois pour le producteur et pour le consommateur. Les nations productrices et les nations consommatrices vont se mettre d'accord sur ce que doivent être ces prix convenables, car ni les unes ni les autres n'exagèreront. Ces prix taxés vont forcément nécessiter des allocations ou des primes pour les producteurs ou les consommateurs et même certaines nations, mais seuls les mauvais esprits auront l'impudence d'entrevoir que des causes de troubles internationaux pourront en résulter. Et finalement, par le plus grand des miracles, ce monde d'après-guerre, avec ses coercitions et ses contrôles, doit en même temps devenir le monde du libre commerce international.


Ce que les planistes gouvernementaux entendent exactement par commerce international dans ces conditions, je ne saurais le dire, mais je crois que l'on peut assez bien comprendre quelques-unes des choses qu'ils n'ont pas dans l'esprit. Ils ne veulent pas parler de la liberté pour tous d'acheter et de vendre, de prêter ou d'emprunter, au prix ou au taux qu'ils désirent, et là où il leur paraît le plus avantageux de le faire. Ils ne souhaitent pas que le simple citoyen ait le liberté de produire autant de blé qu'il l'entend, d'aller et venir à sa guise, de s'installer où il lui plaît, avec ses capitaux et ses divers biens. Ils veulent parler, je le crains, de la liberté pour les bureaucrates de régler tout par un niveau de vie plus élevé. Mais si ces planistes réussissent à lier l'idée de coopération internationale avec celle d'un contrôle étatique accru sur la vie économique, alors la vie internationale ne pourra, probablement, que se modeler sur ce qu'on a déjà vu, auquel cas le niveau de vie de l'individu s'affaissera, en même temps que ses libertés.


Note


[1] Toutefois, la politique du coton a été particulièrement instructive. Le 1er août 1956, le stock de coton se montait au chiffre record de 14 529 000 balles, plus que la production ou la consommation normales d'une année complète. Face à cet état de choses, le gouvernement changea de politique. Il décida d'acheter la plupart des récoltes aux cultivateurs et offrit de le revendre avec une remise. Afin de vendre le coton américain sur le marché mondial, il donna des subventions aux exportations, tout d'abord de 6 cents par livre puis, en 1961, de 8,5 cents par livre. Cette politique réussit à réduire le stock de coton. Mais, en plus des pertes imposées au contribuables, cette politique conduisit à désavantager les textiles américains par rapport aux textiles étrangers, à la fois sur le marché intérieur et sur les marchés étrangers. Le gouvernement américain subventionnait en fait l'industrie étrangère aux dépens de l'industrie américaine. C'est un exemple typique, illustrant le fait que les plans de contrôle des prix gouvernementaux ne font qu'éliminer une conséquence indésirable en sautant à pieds joints vers une autre conséquence indésirable et habituellement pire. (Note de l'édition de 1979, traduite par Hervé de Quengo)


Remerciements : Hervé de Quengo, et traduction par Mme Gaëtan Pirou

 

 



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Henry Hazlitt (28 novembre 1894 - 8 juillet 1993) est un philosophe, essayiste, et journaliste libertarien américain. Journaliste au Wall Street Journal, à Newsweek et au New York Times, il s'est fait connaître grâce à son livre L'Économie en une leçon (en), un ouvrage de vulgarisation sur les principes de l'économie de marché, basé sur Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas de Frédéric Bastiat. Auteur prolifique, il est aussi l'auteur d'une œuvre majeure sur l'éthique, The Foundations of Morality.
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