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La morale de la concurrence : l'Altruisme professionnel

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Extrait des Archives : publié le 26 mars 2013
1735 mots - Temps de lecture : 4 - 6 minutes
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Introduction par Aurélien Biteau


Yves Guyot (1843-1928), économiste et homme politique, fait partie des grandes figures du libéralisme français du XIXe siècle. Si ses textes économiques sont bien moins prestigieux que les œuvres de Say, de Bastiat ou encore de Molinari, sa participation active dans la vie politique de la France sous la IIIe République (il fut plusieurs fois ministre) et ses commentaires pertinents sur l’expansion du socialisme et sa triste comédie à travers le syndicalisme et la SFIO (La Comédie socialiste, 1897 ; Sophismes socialistes, 1908) en font un écrivain incontournable du libéralisme à la française.


Son plus grand apport pour nous, hommes contemporains, est de donner une vision tout à fait inconnue des Français, de la réalité historique du capitalisme en France au XIXe siècle, si loin des caricatures socialistes, et de présenter une image bien moins idyllique du socialisme et de ses figures, telles Jean Jaurès, que celle qui a pu triompher et s’ériger en mythe, et qui a encore cours aujourd’hui.


Mais avec La Morale de la concurrence, c’est à tout autre chose que s’essaye Yves Guyot. Publié en 1896, ce court texte, davantage philosophique, cherche à prouver que la concurrence est devenue le grand ressort moral des civilisations modernes. Yves Guyot part du constat que nulle religion et nulle œuvre philosophique n’ont pu permettre d’adoucir le comportement des hommes et de les obliger à agir moralement. Les religions et les philosophes ont pu donner à l’humanité des principes moraux, mais ceci ne s’est jamais avéré suffisant. Les récompenses et les punitions promises par les religions se trouvant au-delà de la mort et les philosophes ne garantissant ni les unes ni les autres, les hommes n’ont pu saisir l’intérêt de l’action morale et s’y adonner.


Tout change avec l’avènement des civilisations modernes, fondées sur l’économie de marché et la libre concurrence. En effet, par les avantages et les sanctions immédiates qu’elles offrent, les hommes sont poussés à agir selon des préceptes que l’on reconnaîtra comme moraux. La concurrence contraint les individus à servir autrui afin de réaliser leurs propres intérêts. Pensez à votre boulanger par exemple : pour gagner sa vie et satisfaire ses intérêts, il n’a d’autres choix que de produire le meilleur pain qui puisse satisfaire. S’il échoue, ses clients se détourneront de lui et iront dans une autre boulangerie. Toutes les industries du capitalisme se doivent de satisfaire le principe d’altruisme : il faut porter attention à autrui, à ses intérêts, à ses besoins, afin de pouvoir l’attirer vers ses produits (1er extrait ci dessous) ?


Souvent comparé à la guerre, la concurrence se trouve être fondée sur des principes totalement différents. Les vertus du guerrier s’acquièrent par la destruction de l’autre. Les vertus du commerçant et de l’entrepreneur s’acquièrent par la satisfaction des intérêts d’autrui et donc par son enrichissement (2e extrait).


Mais si la concurrence est un ressort moral, ses adversaires ne peuvent que le bloquer. Et en effet, que réclament les protectionnistes si ce n’est de restreindre et de limiter les qualités de leurs concurrents au profit de leurs propres faiblesses ? Que cherchent les socialistes si ce n’est la restauration des corporations d’Ancien Régime, autre forme de protectionnisme ? Socialistes et protectionnistes sont de la même famille intellectuelle et morale : ils utilisent la liberté politique pour détruire la concurrence. Ce sont les agents du désordre moral (3e extrait).




L’altruisme professionnel (1er extrait)


Extrait de La morale de la concurrence, ch. III, 1896.


Par Yves Guyot


Dans les civilisations les plus avancées en évolution, la France, l'Angleterre, les États-Unis, la grande majorité des individus est employée à des fonctions productrices : agriculteurs, industriels, banquiers, commerçants ; je comprends, dans ces fonctions, les médecins, qui produisent de la santé ; les avocats et autres gens de basoche, qui produisent de la sécurité dans l'exécution des contrats.


Le producteur ne produit pas pour lui, il produit pour les autres. Donc, sa première obligation est de chercher, non ce qui flatte ses goûts, ses fantaisies et ses caprices, mais ce que désirent ceux à, qui il s'adresse et dont il veut conquérir la clientèle.


Il n'a donc pas besoin de se faire altruiste par obligation pénible et par effort. Il n'a pas besoin de se répéter : « Ton obligation morale t'ordonne de penser aux autres. »


Son propre intérêt l'oblige d'y penser. Il ne peut faire de bénéfices qu'à la condition de leur donner le plus de satisfactions possibles. Il se préoccupe de leur bien-être à tout instant, et il ne demande même pas à l'humanité la moindre reconnaissance pour le mal qu'il se donne pour elle.


Bien plus. Il ne trouvera pas mauvais qu'un concurrent essaye de faire mieux que lui ; et il s'efforcera de le surpasser en qualité et en bon marché, pour le plus grand profit de tous les inconnus qui ont besoin du produit qu'il fabrique à leur intention.


Son sentiment embrasse l'humanité tout, entière. Il ne se borne pas seulement à essayer de faire jouir de ses produits ses compatriotes, il s'efforce de les envoyer, sur tous les points du globe, à des peuples dont il ne connaît même pas le nom et qu'il élève, par cet échange, d'un degré dans la civilisation.


A côté de l'industriel, altruiste par nécessité, se trouve un autre altruiste qui n'agit que pour les autres, c'est le commerçant. Souvent il suggère à l'industriel telle ou telle nouvelle production. Il cherche sur tous les points du monde, tous les désirs auxquels il peut répondre. Il n'attend pas même qu'ils se soient manifestés, il les provoque.


Le marin, qui part par la brume, par la tempête, qui passe ses nuits sur le pont ruisselant sous les embruns glacés, ne voyage pas pour son agrément, mais pour fournir à des populations, séparées par les mers, les objets que les uns veulent vendre et que les autres désirent acheter, ou pour transporter des voyageurs que leurs plaisirs ou leurs intérêts engagent à se déplacer d'un point à un autre.


Des gens ont travaillé et, au lieu de dépenser tout ce qu'ils gagnaient, ils se sont privés et ont fait des épargnes ; ces épargnes, ils ne les gardent pas chez eux, dans la cassette d'Harpagon ; ils les prêtent à un industriel, à un commerçant, à un constructeur de navires. Au risque de les perdre, ils les confient à des tierces personnes pour qu'elles en fassent elles-mêmes usage au profit d'autres personnes, en les transformant en instruments de production et en produits.


Toutes ces personnes sont à la recherche de ce qui pourrait le mieux convenir aux gens pour qui elles travaillent et épargnent. Le transporteur maritime s'ingénie tous les jours à assurer à ses passagers plus de sécurité et de confortable. Le capitaliste cherche tous les jours les moyens de permettre aux gens qui ont besoin de capitaux de les obtenir de la manière la plus avantageuse. Le négociant cherche par quelles combinaisons il pourrait bien trouver de nouveaux clients, c'est-à-dire rendre service à plus de personnes. Le producteur cherche à produire toujours à meilleur marché et mieux, de manière à fournir aux besoins d'un plus grand nombre de personnes, dans de meilleures conditions.


Que font toutes ces personnes ? Elles font de l'altruisme ; et leur altruisme est obligatoire. Elles ne peuvent vivre qu'à la condition de le pratiquer avec une ardeur constante. Si l'une d'elles oublie un moment son devoir, elle est frappée d'une sanction immédiate : car, à côté d'elle, il y a des concurrents qui, plus pénétrés de leurs obligations, plus actifs, ne se relâchant pas, prennent l'avance ; et elle doit disparaître ou faire de nouveaux efforts de sacrifice et de dévouement pour les rejoindre et les dépasser. Mais la plupart de ces concurrents continueront aussi leurs efforts ; et tous ces efforts combinés ont toujours, de la part de chacun de ceux qui les font, pour résultat, l'avantage des clients.


Il y a un fait, dont beaucoup de ceux qui se sont engagés dans cette action, ne se rendent pas bien compte. Dans un régime de liberté économique, le producteur et le commerçant ont toujours plus besoin du client que le client n'a besoin d'eux.


Le client peut aller chez le voisin ; ils doivent employer toutes les séductions pour le retenir chez eux. Le client peut renoncer à tel ou tel achat. Diogène lui prouverait que rien n'est indispensable ; il peut toujours remplacer les objets les plus nécessaires à la vie par des équivalents : à défaut de blé, il peut manger du riz, des pommes de terre, des châtaignes, du seigle ; à défaut de souliers, il portera des sabots ; son vêtement, il le raccommodera et en prolongera la durée. Le producteur et le commerçant, eux, doivent toujours écouler leurs produits, sous peine de ruine. Il faut que le fermier se procure des ressources en vendant sa récolte, dont la garde est onéreuse, encombrante et sujette à des aléas, pour pouvoir payer son propriétaire, labourer sa terre, la fumer, l'ensemencer et vivre en attendant de nouvelles récoltes. Il faut que l'industriel vende pour amortir le capital qu'il a emprunté, afin de construire son usine, pour payer les intérêts du capital de ses commanditaires, pour payer à échéance les engagements qu'ils a pris envers ses fournisseurs de matières premières, pour payer chaque semaine ou chaque quinzaine ses ouvriers ; et sa grande préoccupation est de toujours avoir un débouché assez grand pour alimenter son outillage et entretenir son personnel.


A certains moments, il travaillera à perte, il mangera une partie de ses gains antérieurs, pour continuer à fournir à des clients des produits au-dessous de leur prix de revient, afin de ne pas transformer son outillage en vieille ferraille et de garder les ouvriers et les employés qui, quelquefois, se comptent par milliers, et qui seraient ruinés s'il ne faisait pas ces sacrifices, dont ils profitent en même temps que les consommateurs.


Cet industriel qu'on représente comme féroce, ce bourgeois qu'on représente comme égoïste, concentre toutes ses préoccupations, fait converger toutes ses combinaisons, d'un côté, pour faire vivre des ouvriers et de l'autre côté, pour conserver et augmenter ses clients. A certains moments, il sacrifie le résultat de ses efforts antérieurs pour leur plus grande satisfaction. Quelquefois il va jusqu'à la ruine, et, au déclin de la vie, il se trouve avoir dépensé son énergie, son intelligence, ses aptitudes professionnelles inutilement, et être plus pauvre qu'à son début.



 

 

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Yves Guyot, né à Dinan le 6 septembre 1843 et mort à Paris le 22 février 1928, est un homme politique, journaliste et économiste français.
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