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La liberté en économie politique.

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Publié le 30 mai 2017
1715 mots - Temps de lecture : 4 - 6 minutes
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1. Des contraintes.

Si l'on en croît Frédéric Bastiat (1850), le principe de la valeur, point de départ alors de l'économie politique, était dans la matérialité et la durée chez l'un des premiers économistes, à savoir Adam Smith (1723-90).

Soit dit en passant, depuis lors, l'économie politique, devenue science économique, a perdu ce point de départ pour en acquérir d'autres contestables, dans le meilleur des cas, ou, dans le pire, aucun : on y sait où on va, mais on n'y sait pas d'où on vient !

Reste que la durée s'écoulait sans que personne ne pût la modifier ...

Elle était donc tacitement un fait de type obstacle du point de vue de l'action de l'homme.

Quant à la matérialité, il était supposé qu'elle était limitée à ses deux extrêmes,

- à l'un, par la rareté - elle avait un plafond de quantité ou de nombre, mais inconnu ... -, tandis que,

- à l'autre, son plancher était "zéro", elle ne correspondait plus véritablement à un "objet", mais devenait "service" ...

On ne peut que s'étonner que l'ignorance de chacun sur le monde, l'univers ou la nature qui l'entourait, ait été mise de côté, à commencer par celle de celui qui tentait d'expliquer, à savoir le savant, économiste ou non, en question ...

Fondamentalement, l'homme a une ignorance limitée sur le monde ou, si on préfère, des connaissances acquises grâce, en particulier, par les travaux des savants.

2. Le résultat préféré à l'action.

Il faut souligner qu'en sus, nos économistes ont préféré s'intéresser non pas aux actions menées par les uns et les autres, mais aux seuls résultats de celles-là à leur moment d'observation ou d'imagination ...

L'économie politique, c'était, selon eux, la science des résultats des actions de chacun et le point de vue a malheureusement perduré, sauf quand, sans vergogne, en particulier, des savants ont utilisés des résultats passés pour faire des prévisions de résultats dans l'avenir.

3. Ce qu'est la valeur en économie politique.

A ces deux contraintes du monde, de l'univers ou de la nature près envisagées par Smith, l'oubli de l'ignorance limitée de l'homme et, tacitement, le résultat préférée à l'action, la notion de valeur était synonyme de chose ou de quantité de chose, caractéristique d'un résultat.

Produits, facteurs de production et marchandises et leurs quantités étaient, eux aussi, considérés comme des synonymes, mais faisaient intervenir des points de vue particuliers, comme ceux de la création, de la production et de l'échange ou du commerce.

L'intermédiaire des marchandises, marchandise particulière, ou sa quantité étaient considérées, de même, comme des valeurs.

Autre valeur moins directe, il y a eu l'utilité de chacun de ces éléments qu'a introduite en économie politique, Jean Baptiste Say au début du XIXème siècle et qui était, par définition, subjective...

Dans son Cours d'économie politique (1896-97), reprenant Say, Vilfredo Pareto a d'ailleurs pu s'opposer à un propos de Karl Marx en ces termes:

« K. Marx dit aussi fort bien :

"La marchandise est d'abord un objet extérieur, une chose qui par ses propriétés satisfait des besoins humains de n'importe quelle espèce.

Que ces besoins aient pour origine l'estomac ou la fantaisie, leur nature ne change rien à l'affaire."

Mais il oublie aussitôt que cette propriété qui dépend de la « fantaisie» ne peut être que subjective, [...]. » (Pareto, 1896-97).

L'utilité de la marchandise ou de sa quantité était donc une chose ... subjective.

On pouvait laisser de côté le faux débat entre utilité subjective et utilité objective.

Ce qu'on dénommait "monnaie", intermédiaire des échanges, ou sa quantité étaient, encore, des valeurs.

Il est majoritairement oublié que Say (1815) avait expliqué qu'étant donné l'échange - sous-entendu "indirect" de choses en propriété à quoi il se réfèrait implicitement ... -:

"La monnaie n’est pas le but, mais seulement l’intermédiaire des échanges [...]

Elle entre passagèrement en notre possession quand nous vendons ;

elle en sort quand nous achetons, et va servir à d’autres personnes de la même manière qu’elle nous a servi." (Say, 1815, p.49).

Malgré cela, après avoir défini la monnaie comme intermédiaire des échanges, Say s'est demandé d'où venait à la monnaie sa valeur...

Et il y a répondu : "... de ses usages".

On ne peut que s'interroger sur la démarche de Say qui a consisté, dans un premier temps, à définir ce qu'on dénommait "monnaie" par "intermédiaire des échanges", et, dans un second, à lui juxtaposer une autre définition comme si la première n'existait pas et n'avait pas été donnée !

La première définition se suffisait à elle-même.

On dira qu'il a donné des bâtons pour se faire battre ...

On ne peut que suivre Say dans son opposition à l'utilité de la monnaie que préconisait Ricardo :

… "M. David Ricardo, en Angleterre, me reproche de ne pas tenir compte de ce qu’il appelle, d’après Adam Smith, value in use (valeur d’utilité, ou plutôt utilité sans valeur, car valeur d’utilité est, à mon gré, un contre-sens, et voilà pourquoi j’ai rejeté cette expression de Smith).

Certes, ce n’est pas sans dessein ;

je pense que de l’utilité sans valeur n’entre pas dans les considérations relatives aux richesses sociales, ni par conséquent dans la sphère de l’économie politique.

M. David Ricardo développe ainsi son idée sur la valeur d’utilité :

« Quand je donne deux mille fois plus de drap pour une livre d’or que pour une livre de fer, cela prouve t-il que je trouve deux mille fois plus d’utilité dans l’or que dans le fer *** ? »

Non ;

mais en supposant, pour un moment,

- qu’une livre d’or et une livre de fer rendent à l’homme autant de service l’une que l’autre, malgré l’inégalité de leur valeur vénale, et

- que cette utilité soit, pour chacune de ces choses, représentée par le nombre 2000,

je dis qu’il y a dans une livre de fer :

Plus

1999 degré d’utilité naturelle, faisant partie des richesses que la nature ne nous fait pas payer, comme la lumière du soleil

1 degré d’utilité créé par l’industrie, les capitaux et les fonds de terre, que l’entrepreneur nous fait payer, parce qu’il le paie lui-même en frais de production ;

c’est ce degré d’utilité qui est la seule valeur que fasse partie des richesses sociales, unique objet de l’économie politique.

2000 degré d’utilité en tout.

Tandis que, dans une livre d’or, il y a 2000 degré d’utilité, créé par l’industrie, les capitaux et les fonds de terre, faisant parti des richesses locales, et, par conséquent, entrant dans la sphère de l’économie politique.

Et dans la société, la livre d’or vaut deux mille fois autant que la livre de fer, parce qu’il faut deux mille fois autant de frais de production pour créer l’or que le fer, et que l’utilité qu’on lui trouve suffit pour faire consentir un certain nombre de personnes à payer ce prix-là." (Note de l’Auteur.).

Pour autant, la "théorie de la quantité de monnaie" qui était en place depuis quelques siècles et voulait que quantité de monnaie et prix en monnaie variassent de pair, fussent proportionnels, a continué à être considérée avec bienveillance par les économistes du moment.

Le prix en monnaie d'une marchandise n'était jamais lui-même qu'un autre type de valeur sur quoi, par exemple, Ludwig von Mises (1953) a insisté :

« Les prix ne sont pas mesurés en monnaie,

ils consistent dans de la monnaie. » (Mises, 1953, p. 664) (1).

_________

(1) Mises, L. von (1953), « Remarques sur le traitement mathématique des problèmes de l'économie politique , Studium Generale, décembre, pp. 662-665 (traduit de l’allemand par François Guillaumat).

_________

A la fin du XIXème siècle , Carl Menger a expliqué que le prix en monnaie n’était jamais qu’un taux d’échange particulier entre l’offre et la demande de marchandises, celui qui correspondait à l’égalité de l'une et de l'autre.

A la même époque, Vilfredo Pareto a pris soin de définir ce qu'on dénommait "monnaie" d'une façon originale, à savoir en termes de prix :

« Une marchandise en laquelle s'expriment les prix des autres marchandises, est un numéraire ou une monnaie:

- le numéraire se distingue de la monnaie en ce que la monnaie intervient matériellement dans les phénomènes économiques, et

- le numéraire n'intervient pas matériellement [...]» (Pareto, 1896-97, §269)

4. La liberté en économie politique.

Reste que, malgré les deux grandes contraintes prêtées à la nature, l'oubli de l'ignorance limitée où se trouvait chacun, et la préférence tacite accordée au résultat sur l'action, Smith et ses disciples ont parlé de la liberté.

Cela est patent dans la "théorie des avantages comparatifs" de David Ricardo que celui-ci a développé dans le livre intitulé Des principes de l'économie politique et de l'impôt en 1817, où il a avancé que le libre-échange était profitable en toute condition et pour toutes les nations et où il a réfuté, de façon logique, l’argument protectionniste selon quoi le libre-échange condamne tout pays ne pouvant produire aucune chose à meilleur marché que ses concurrents.

L'idée s'opposait à la pensée dominante de l'époque.

En effet, il a fait intervenir deux pays, en vérité deux états, et a montré l'avantage du libre échange (sous-entendu comparé au mercantilisme...).

D’après la théorie, lorsqu’un pays se spécialise dans la production pour quoi il est, comparativement à ses partenaires, le plus avantagé ou le moins désavantagé, il est alors assuré d’être gagnant dans l'échange international.

La "théorie des avantages comparatifs" constitue l’un des arguments en faveur de la libéralisation des échanges et démontre que le libre-échange est préférable à l’autarcie.

Mais la liberté dont Smith et ses successeurs ont parlé n'a guère de sens.

D'une part, ils se sont donnés des contraintes qui sont en contradiction avec le principe de la liberté de l'homme.

De plus, mettre de côté son ignorance limitée n'empêche pas que l'ignorance existe en pratique et à des effets.

D'autre part, ils ont mis aussi de côté les actions de ses ancêtres pour s'intéresser, en partie seulement, aux résultats de celles de personnes mais ces résultats ne pouvaient exister sans que soient menées les premières actions !

On est dans l'incohérence.

Malgré cela, leur démarche est allée bon train jusqu'à aujourd'hui.

Par exemple en France, il n'est plus question que de l'activité économique et des résultats du budget des hommes de l'état et du faux budget des hommes des organismes de sécurité sociale.

 

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Georges Lane enseigne l’économie à l’Université de Paris-Dauphine. Il a collaboré avec Jacques Rueff, est un membre du séminaire J. B. Say que dirige Pascal Salin, et figure parmi les très rares intellectuels libéraux authentiques en France. Publié avec l’aimable autorisation de Georges Lane. Tous droits réservés par l’auteur
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